TRADITION/ABYSSA 2025 A GRAND BASSAM : LA FETE A DEBUTE DIMANCHE
Le coup d’envoi du nouvel an N’zima, influencé cette fois par l’ambiance électorale, a été donné avec la sortie sacrée du tambour Edongbolé, marquant une semaine de calme et d’introspection.
Le coup d’envoi du nouvel an N’zima, influencé cette fois par l’ambiance électorale, a été donné avec la sortie sacrée du tambour Edongbolé, marquant une semaine de calme et d’introspection.

Abidjan, 7 octobre 2025 – Dimanche dernier, sous le soleil intense de Grand-Bassam, au sud d’Abidjan, une ambiance festive a envahi le quartier France, au son du tambour Edongbolé. Porté en procession depuis la Place de l’Abissa, ce tambour sacré, accompagné de ses acolytes, a officiellement lancé l’Abissa 2025, la célébration du nouvel an pour le peuple N’zima Kotoko.
Guidée par Ebian Philippe, le tambourinaire en chef, la cérémonie a attiré une foule immense, débordante d’enthousiasme. Malgré la présence des forces de l’ordre, la joie était palpable. Tout au long du parcours, reliant la Place de l’Abissa à l’embouchure du fleuve Comoé, la foule dansait, laissant derrière elle un nuage de poussière et des visages rayonnants de bonheur.
Arrivés près de l’eau, les tambours se sont tus, suscitant une brève déception. Les gardiens des traditions de l’Abissa, la famille Nvavilé et les représentants des six autres familles importantes, se sont alors isolés sur la plage pour accomplir des rituels essentiels, garants de la réussite des festivités à venir. Pour les N’zima, l’Abissa est un événement essentiel, un pilier de leur culture et de leur société. C’est une célébration de la nouvelle année, mais surtout un moment pour se rassembler et « faire l’unité » (d’où le nom « Kondoum »). La fête se déroule en trois temps.
Dans la première phase, on a le Siédou. Cette première semaine, dite « silencieuse », est consacrée au recueillement. Les N’zima se retrouvent pour résoudre leurs problèmes, se réconcilier et faire le bilan de l’année écoulée. Durant cette période, les démonstrations d’affection sont mises de côté. La deuxième phase concerne le Gouazo. La seconde semaine est celle de la fête et de l’expression. Le roi confie l’Edongbolé au peuple, lui transférant symboliquement le pouvoir. C’est alors que commence une période de liberté d’expression totale.
Des « chansonniers », protégés par l’immunité, critiquent ouvertement les notables et les autorités devant le roi, utilisant des images et des proverbes pour exprimer les doléances de la communauté. Enfin, la troisième phase est liée au Kondoum où le tambour est « déshabillé » de sa fourrure et exposé inversé. Ainsi disposé, seuls les initiés ont le droit de participer à la fête dans cette position. La légende raconte que cette fête a été offerte aux Hommes par les génies, qui ont chargé un jeune chasseur Nvavilé de la perpétuer chaque année, sous peine de terribles malheurs.
Les organisateurs ont souhaité apporter des précisions pour cette année. Le président du comité d’organisation, Jean Baptiste Amichia, a annoncé que le thème de cette édition est : « L’Abissa, une danse de paix, de conjuration des calamités et de renforcement de la cohésion sociale », tout en exhortant qu’ « Il faut venir à l’Abyssa pour découvrir quelles sont les innovations par rapport aux années précédentes ».
Autre nouveauté : un changement de date. Traditionnellement en novembre, la fête a été avancée au mois d’octobre. Ebian Koffi Philippe explique que cette décision est liée à l’élection présidentielle, prévue le 25 octobre 2025. Ce changement de calendrier place la fête, axée sur la cohésion et la critique constructive, juste avant un scrutin national toujours très attendu. Il a également précisé qu’il n’y aurait pas de tenue uniforme imposée, mais que le port de tee-shirts serait autorisé.

Alors que le Siédou se déroule dans le calme et la réflexion, Grand-Bassam et toute la communauté N’zima se préparent à la semaine bouillonnante du Gouazo, qui promet, comme chaque année, d’être un moment de libération sociale et de joie intense.
MÉITÉ Aboubakar