CAN 2025 / GABON-D’IVOIRE : COMMENT LE PALAIS DE LA CULTURE A TREICHVILLE A VECU LE MATCH
Retour sur un match fou et une remontada historique face au Gabon
Retour sur un match fou et une remontada historique face au Gabon
Abidjan, 2 janvier 2026. En ce 31 décembre 2025, l’esplanade du Palais de la culture de Treichville, réservée au spectacle pyromusical de fin d’année, tarde à s’animer. La raison ? Les Éléphants de Côte d’Ivoire affrontent le Gabon dans un dernier match décisif du groupe F de la Coupe d’Afrique des Nations. Malgré l’élimination déjà actée du Gabon après deux défaites, les Panthères nourrissent une ambition : repartir à Libreville avec le scalp des champions d’Afrique. Sur place, les équipes techniques s’activent. La RTI a déployé ses cars et déroule ses câbles ; une antenne géante, installée en retrait, est prête à transmettre la « féerie » vers ses quartiers généraux de Cocody. Autour, d’autres chaînes internationales préparent leurs dispositifs. L’attente est palpable.
Dès le coup d’envoi, le scénario tourne au cauchemar pour les Ivoiriens. Coach Emerse Fae, souhaitant préserver ses titulaires pour les huitièmes, a opéré un turnover presque complet, alignant une équipe jeune et peu rodée. Seul l’ancien et capitaine Franck Kessié figure parmi les habitués. Face à eux, le Gabon de Thierry Mouyouma mise sur son groupe habituel, déterminé à finir en beauté.
Et l’efficacité gabonaise est immédiate : à la 10ᵉ minute, Kanga profite d’un rebond pour ouvrir le score. Puis à la 18ᵉ, sur un centre puissant, c’est au tour de Janga d’enrouler une frappe imparable. 2-0. Les Éléphants, désemparés, ne trouvent ni rythme ni solution. Seul le jeune Inao Oulai tente d’insuffler de l’énergie. Une réclamation de penalty pour une faute sur lui est ignorée par l’arbitre. Les occasions ivoiriennes se font timides, jusqu’à ce qu’à la 44ᵉ minute, Inao trouve Krasso, qui sert Zaha : réduisant le score juste avant la mi-temps, l’ailier offre un fragile espoir (2-1).
La pause est salvatrice. Emerse Fae, lucide, opère un changement radical : pas moins de cinq entrées en une fois – B. Touré, Guessand, Doué, Amad et Diomandé viennent remplacer des joueurs en difficulté. L’effet est immédiat. La machine, jusqu’ici grippée, se remet en marche. À la 67ᵉ, sur corner, Guessand s’élève et replace les deux équipes à égalité (2-2). Les supporters, d’abord silencieux, retrouvent leur voix – les vuvuzelas résonnent depuis les quartiers de la Sicogi, du Biafra ou encore de Gonzague.
Alors que le match semble se diriger vers le nul, les Ivoiriens croient jusqu’au bout. Dans le temps additionnel, Amad combine avec Doué, puis trouve C. Operi sur le côté gauche. D’un arrêt blocage suivi d’un centre millimétré, ce dernier offre à B. Touré la tête du vainqueur. 3-2 ! La remontada est complète.
Autour du Palais de la culture, la foule désormais compacte explose de joie. Musique urbaine, cris, sauts, bangers… l’effervescence est totale. À l’intérieur, l’Harmonie philharmonique distille des airs dansants, mêlant sa partition à la liesse générale.
Pour Emerse Fae, le soulagement et la fierté prédominent : « On va retenir la deuxième mi-temps. On a raté notre première mi-temps… Mais on a su revenir et gagner. C’est une satisfaction de finir premier du groupe. J’ai changé toute l’équipe, à part Kessié, parce que je fais confiance à tous mes joueurs. […] On va bien se reposer et profiter de nos familles ce 31 décembre avant d’affronter le Burkina Faso. »
Du côté gabonais, Thierry Mouyouma se montre désabusé : « Aujourd’hui, je suis un homme usé et désabusé. Je suis responsable de la défaite. […] Sur le plan physique, on a flanché. En deuxième période, nous n’avons pas résolu le problème de la largeur. »
Avec cette victoire, la Côte d’Ivoire termine première du groupe F avec 7 points et un goal average favorable (+2). Le Cameroun, également à 7 points mais avec une différence de buts moins bonne, se classe deuxième. Le Mozambique termine troisième avec 3 points.
Le parcours des Éléphants en huitièmes de finale s’annonce périlleux : ils retrouveront le Burkina Faso le 6 janvier à 20h, dans le mythique stade de Marrakech. Un choc à haut risque.
De leur côté, le Cameroun affrontera l’Afrique du Sud le 4 janvier à Rabat, et le Mozambique défiera le Nigeria le 5 janvier.
En cette veille du Nouvel An, les Éléphants ont offert à leur pays un succès aussi inattendu que précieux. Preuve, s’il en faut, que le mental et l’audace peuvent renverser les montagnes – ou du moins, un Gabon valeureux. La route vers la consécration est encore longue, mais la leçon de ce soir restera : en football comme dans la vie, il ne faut jamais compter les Éléphants pour morts.
MÉITÉ Aboubakar