CRISE DU CACAO EN CÔTE D’IVOIRE : LE PPA-CI DÉNONCE LA GOUVERNANCE ET EXIGE DES SOLUTIONS STRUCTURELLES
La filière cacao ivoirienne, pilier de l’économie nationale, traverse une crise d’une rare intensité depuis l’ouverture de la campagne 2025-2026, en octobre dernier. Des dizaines de milliers de tonnes de fèves restent immobilisées, les ports sont engorgés et les producteurs, premiers maillons de la chaîne, sont plongés dans la détresse.
La filière cacao ivoirienne, pilier de l’économie nationale, traverse une crise d’une rare intensité depuis l’ouverture de la campagne 2025-2026, en octobre dernier. Des dizaines de milliers de tonnes de fèves restent immobilisées, les ports sont engorgés et les producteurs, premiers maillons de la chaîne, sont plongés dans la détresse. Le Parti des Peuples Africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI), dans une déclaration, le samedi 31 janvier 2026, à Abidjan, analyse cette crise comme le fruit d’une « mauvaise gouvernance » du régime RHDP, mêlant selon lui « propagande électoraliste, exclusion et corruption ».
La campagne a débuté le 1er octobre dernier, avec un prix bord champ officiel fixé à 2 800 FCFA/kg du cacao, présenté comme une hausse historique. Rapidement, les dysfonctionnements sont apparus. Dès mi-octobre, les arrivées de fèves dans les ports chutaient de 52% par rapport à l’année précédente. Le phénomène s’est transformé en crise aiguë : aujourd’hui, plus de 123 000 tonnes de cacao, selon les chiffres officiels, seraient bloquées dans des camions aux abords du port d’Abidjan, sans possibilité de déchargement faute de connaissements – les documents de transit délivrés par le Conseil Café-Cacao.
Sur le terrain, cette paralysie se traduit par une précarisation extrême des planteurs. Confrontés à des besoins urgents (rentrée scolaire, fêtes), beaucoup sont contraints de brader leur production à des prix inférieurs au tarif officiel, ou de la vendre à crédit contre un simple reçu. « Le paysan est contraint de choisir entre un prix très bas mais payé immédiatement, ou une vente à crédit », résume le PPA-CI, dénonçant une situation « embarrassante » et injuste.
L’analyse du parti d’opposition est sans appel : la crise est structurelle et trouve sa source dans les choix politiques du pouvoir.
- Un prix « électoraliste » et intenable : Le PPA-CI estime que la fixation du prix à 2 800 FCFA/kg est intervenue alors que les cours mondiaux étaient déjà orientés à la baisse (passant d’environ 5 000 à 3 800 FCFA/kg). Cette décision, « loin de s’appuyer sur une analyse économique durable », aurait eu pour « principal objectif de séduire les producteurs » avant l’élection présidentielle de 2025. Privés de soutien via le fonds de régulation, les exportateurs refusent d’acheter à un prix qu’ils jugent non viable.
- Une chaîne de commercialisation étouffée : Le parti pointe la quote-part « dérisoire » des acheteurs intermédiaires, gelée à 100 FCFA/kg malgré l’inflation des coûts. Cette marge ridicule les pousserait à pressurer les producteurs. Pire, le blocage suspect des connaissements créerait artificiellement l’engorgement, peut-être dans l’attente d’une baisse officielle du prix lors de la « petite traite » de mars.
- La corruption et l’importation illégale : Le PPA-CI reprend les affirmations du ministre de l’Agriculture lui-même, qui a reconnu que des producteurs des pays limitrophes « bataillent pour vendre leur production en Côte d’Ivoire ». Cette arrivée massive de cacao étranger, dans un circuit normalement contrôlé, interroge sur les « laxismes rémunérés » aux frontières et contribue à saturer le marché au détriment des planteurs ivoiriens.
Face à l’urgence, le gouvernement a annoncé le rachat par l’État du stock bloqué, pour un montant de 280 milliards de FCFA. Une solution que le PPA-CI qualifie de « trompeuse » et « structurellement difficile à mettre en œuvre ».
Le parti relève d’abord un décalage financier : pour acheter 123 000 tonnes à 2 900 FCFA/kg (prix bord champ + marge acheteur), il faudrait près de 357 milliards, soit 77 milliards de plus que la somme annoncée. Ensuite, il questionne la capacité logistique de l’État à stocker, transformer ou revendre cette masse. Enfin, il dénonce l’opacité dans la sélection des coopératives bénéficiaires et le monopole conféré au Conseil Café-Cacao pour gérer l’opération, alimentant le sentiment d’arbitraire.
Les propositions et la position du PPA-CI
« Cette crise n’honore pas la Côte d’Ivoire », premier producteur mondial, lance le parti. Elle serait selon lui la marque d’une gouvernance RHDP caractérisée par le « mépris des plus fragiles ». En solidarité avec les planteurs, le PPA-CI :
- Dénonce vigoureusement la gestion de la filière qui a mené à cette crise « évitable ».
- Appelle à une solution structurelle et pérenne. Considérant le mécanisme de stabilisation des prix comme défaillant, il préconise un retour à la libéralisation du prix et au transfert de la commercialisation aux producteurs eux-mêmes, un système expérimenté sous la présidence de Laurent Gbagbo.
- Encourage les planteurs et intermédiaires à mieux s’organiser pour défendre collectivement leurs intérêts.
- Annonce suivre l’évolution de la crise avec la plus grande attention.
Alors que la colère gronde dans les bassins de production, le PPA-CI place ainsi le gouvernement face à ses responsabilités, l’appelant à dépasser les solutions cosmétiques pour s’attaquer enfin aux racines d’un malaise qui mine la principale richesse du pays.
MÉITÉ Aboubakar