CÔTE D’IVOIRE/VISITE HISTORIQUE DU SOUS-PRÉFET DE BROFODOUMÉ À KONGOFON : APRÈS SEPT ANS DE CRISE UN NOUVEAU CHEF DÉSIGNÉ
Le nouveau chef de village de Kongofon, Nanan Yapo N'Cho Félix
Le village de Kongofon, modeste localité de moins de 3 000 âmes située à 17 kilomètres d’Abidjan, dans la sous-préfecture de Brofodoumé, a vécu une journée exceptionnelle ce jeudi. Fraîchement nommé le 7 mai dernier, le sous-préfet Goulia Siry Gabin a effectué sa première visite de terrain dans ce village. Au cœur des festivités, l’autorité préfectorale a annoncé la désignation d’un nouveau chef après sept années de conflits, tout en adressant un message ferme sur les pratiques foncières illégales.
Abidjan, 3 juillet 2026 – Dès les premières heures, l’atmosphère était à la fête. Sur le terrain de sport du village, la population, massivement mobilisée, a réservé un accueil chaleureux au nouveau sous-préfet et à sa délégation. Castagnettes, grelots, tam-tam et sono diffusant de la musique mondaine ont rythmé les danses et l’enthousiasme des habitants. Trois abris-bâches avaient été installés pour recevoir les invités, mais ils se sont avérés insuffisants face à l’afflux de participants : cadres et fils de la diaspora, mouvements associatifs, guides religieux, communauté musulmane et ressortissants de la CEDEAO étaient tous présents.

Avant l’arrivée du sous-préfet, Atsin Eternel, fils du village, a pris la parole pour situer l’enjeu de cette rencontre. Dans une allocution solennelle, il a rappelé les divisions provoquées par la crise de la chefferie, qui dure depuis sept ans, et a invité chaque habitant à faire preuve de sagesse et de responsabilité. Il a également énuméré les défis majeurs du village : routes, eau potable, électrification, infrastructures scolaires et sanitaires, emploi des jeunes. « Sans paix, sans unité et sans stabilité, aucun développement durable n’est possible », a-t-il martelé, appelant à une réconciliation durable entre tous les fils et filles de Kongofon.

À 13 heures, l’hôte du jour a fait son entrée sous une haie d’honneur. Le sous-préfet a salué tour à tour le représentant du chef de terre fondateur, Nanan Agnan Dechou, le chef de village intérimaire Nanan Alléchi Nicolas, ainsi que les notables, les guides chrétiens, l’imam et les chefs des communautés présentes. Une prière d’introduction a été prononcée par un guide religieux chrétien, demandant à Dieu de bénir la rencontre et d’apaiser les cœurs meurtris.
Prenant la parole, le sous-préfet Goulia Siry Gabin s’est excusé pour le retard, justifié par des échanges préalables avec les responsables locaux afin de trouver une issue à la situation conflictuelle. D’emblée, il a posé le cadre de sa mission, fondée sur trois piliers : servir l’État avec loyauté et intégrité, être à l’écoute des populations, et promouvoir le développement local.

Sans langue de bois, il a dénoncé les divisions qui minent le village depuis sept ans : « Je me retrouve avec plusieurs présidents des jeunes, deux chefs de village dans mon bureau… Comment peut-on prospérer dans le désordre ? » Il a rappelé l’histoire du village, en s’appuyant sur un procès-verbal établi par une ancienne sous-préfète, qui identifie quatre familles fondatrices (Achou, Amonkou, Basei, Akafou) et explicite la procédure de désignation du chef.

Après avoir échangé avec les notables, le sous-préfet a annoncé que deux des prétendants, Atsin Achou Gustave et Mondon Yapo François, avaient accepté de se retirer « au nom de la paix » et « par esprit de grandeur ». Il a salué leur décision, tout en insistant sur la nécessité de purifier ces deux hommes, qui avaient été publiquement intronisés par le passé.

C’est donc Yapo N’Cho Félix qui a été désigné comme le nouveau chef de village, sous les applaudissements et les chants de joie de la foule. Toutefois, le sous-préfet a tenu à nuancer : « Personne n’a gagné, personne n’a perdu. C’est le village de Kongofon qui gagne. » Il a appelé les familles à se réconcilier et à tourner la page pour se concentrer sur le développement.
Dans un second temps, le sous-préfet a abordé la question brûlante du foncier. Il a rappelé que la sous-préfecture de Brofodoumé se trouve en Zone d’Aménagement Différée (ZAD), ce qui interdit tout lotissement sans autorisation préalable du ministère en charge de la Construction et de l’Urbanisme. Il a vivement critiqué les pratiques de certains topographes et géomètres qui morcellent et vendent des lots sans titre de propriété, exposant les acquéreurs à de futures expropriations.
« Désormais, pour tout lotissement à Kongofon, je veux que le propriétaire vienne d’abord à la sous-préfecture », a-t-il ordonné, promettant de faire un plan d’assemblage des lotissements existants et de négocier la régularisation des zones déjà bâties. Il a également invité les populations à se méfier des faux experts et à le saisir en cas de doute.
À l’issue de son discours, le sous-préfet a récompensé les groupes et mouvements du village par des dons en argent, en guise de remerciement pour l’organisation de cette journée. La population, en retour, lui a offert des paniers de vivres et de la volaille, symboles de leur reconnaissance.
Cette visite restera comme un tournant pour Kongofon : la résolution de la crise de chefferie, l’engagement pour le développement et la mise en garde contre les dérives foncières ouvrent la voie à une nouvelle ère pour ce village, désormais tourné vers l’unité et le progrès.
MÉITÉ Aboubakar