CÔTE D’IVOIRE/GRATUITÉ DES CHAÎNES NATIONALES : « LES CHAPEAUX ROUGES » ASSIGNENT L’ÉTAT LA HACA ET CANAL+ EN JUSTICE
Le ton est donné. Le collectif citoyen « Les Chapeaux Rouges » a clairement annoncé, via un communiqué diffusé hier mercredi 8 juillet, qu’il entamera des poursuites judiciaires contre l’État de Côte d’Ivoire, l’autorité de régulation des médias (la HACA) et Canal+ Côte d’Ivoire. Cette action aura lieu si, d’ici le 15 août prochain, les chaînes publiques ne deviennent pas gratuitement disponibles sur les offres satellites payantes, comme l’exige la loi.
Abidjan, 9 juillet 2026 – C’est du jamais vu en Côte d’Ivoire ! Un groupe de citoyens n’avait encore jamais porté une revendication aussi loin dans le monde de l’audiovisuel. En s’attaquant à la fois au gendarme du secteur, à l’opérateur de diffusion et à l’État, « Les Chapeaux Rouges » transforment une simple protestation en une véritable bataille juridique. Leur leader, M. Cahié Kunta, assume totalement ce durcissement : « Nous avons lancé d’innombrables alertes, envoyé des courriers, multiplié les rendez-vous. Face au mutisme et à l’immobilisme, nous n’avons d’autre issue que d’aller en justice. »
Les procédures seront lancées devant les plus hautes instances judiciaires du pays : le Parquet Général près la Cour de Cassation et le Conseil d’État. Le but est simple : identifier les responsabilités de chacun et forcer, par la voie légale, le respect scrupuleux des lois qui garantissent l’accès gratuit aux chaînes publiques ivoiriennes sur les abonnements satellites.
Bien que le collectif ne cite pas textuellement les articles de loi, il invoque des « textes réglementaires » qui, d’après lui, assurent aux spectateurs ivoiriens la gratuité des chaînes nationales, peu importe le moyen de réception. Pourtant, comme il le dénonce, les clients de Canal+ continuent de débourser pour ces chaînes, intégrées dans des forfaits coûteux, alors qu’elles devraient être accessibles sans surcoût.
« Ce n’est pas une histoire d’argent, c’est une question de principe et de droit », martèle Cahié Kunta. « Tout Ivoirien abonné à Canal+ paye, sans le savoir, pour des chaînes qui lui sont acquises de par la loi. C’est une injustice : un abonnement coûteux, et par-dessus le marché des chaînes nationales qui ne devraient pas être monnayées. »
Pour balayer tout soupçon de manœuvre politique ou de division communautaire, le président des Chapeaux Rouges a tenu à souligner que leur lutte est « exclusivement sociale et centrée sur les droits des consommateurs ». Il a d’ailleurs exhorté tous les Ivoiriens, sans distinction, ainsi que les associations de consommateurs, à s’unir pour soutenir cette démarche.
« Notre atout majeur, c’est le nombre. Si des millions de foyers ivoiriens se mobilisent pour réclamer leur dû, ni la HACA ni Canal+ ne pourront faire la sourde oreille. » Une tactique de mobilisation citoyenne qui évoque d’autres succès passés.
D’ici le 15 août, deux issues sont possibles : soit les pouvoirs publics et Canal+ plient sous la pression et engagent des discussions pour conformer leur offre à la législation, soit le collectif met sa menace à exécution devant les tribunaux, ce qui pourrait avoir de sérieuses répercussions pour la réputation du pays et pour l’acteur historique de la télédiffusion.
La HACA, n’a pas encore donné de réponse officielle. Canal+ Côte d’Ivoire se contente pour l’heure d’un « pas de commentaire ». Mais le compte à rebours avant le 15 août s’accélère, et l’absence de réaction des acteurs concernés devient chaque jour plus flagrante.
Une chose est sûre, cette affaire va bien au-delà des aspects techniques de la diffusion par satellite. Elle soulève des questions fondamentales sur la capacité de l’État à faire appliquer ses propres textes, sur le rôle du régulateur face à des géants privés, et sur la ténacité d’une société civile toujours plus attentive à la défense de ses droits.
Une situation à suivre de très près.
MÉITÉ Aboubakar