CÔTE D’IVOIRE/L’ÉCOLE DOCTORALE CÉLÈBRE UNE NOUVELLE DOCTEURE : KOUADIO ADJOUA SANDRINE LÈVE LE VOILE SUR LES CONFLITS FONCIERS DE SINFRA
Abidjan, 17 juillet 2026 – Hier, jeudi 16 juillet, l’amphithéâtre ED001 de l’École doctorale SCALL à Bingerville a connu une ambiance colorée d’un événement académique majeur. Madame Kouadio Adjoua Sandrine, étudiante en doctorat à l’Université Félix Houphouët-Boigny (UFHB), y a présenté et défendu avec succès sa thèse de sociologie, avec une spécialisation en sociologie de l’environnement. Son sujet, ô combien actuel et important a porté sur la « Gestion des ressources foncières et conflits fonciers en milieu rural ivoirien : cas du Département de Sinfra ».
Pour évaluer ce travail de longue haleine, un jury d’experts d’une grande qualité a été réuni. Il était présidé par le Professeur Titulaire Kablan N’Guessan Hassy Joseph, géographe reconnu de l’UFHB. À ses côtés, on retrouvait son directeur de thèse, le Maître de Conférences Boa Assemien (sociologie, UFHB), ainsi que les Maîtres de Conférences Affessi Adon Simon (rapporteur de l’Université Peleforo Gon Coulibaly) et Kouadio Amani Augustin (également rapporteur de l’UFHB), et enfin le Maître de Conférences Toh Alain (examinateur, UFHB). L’ambiance était d’autant plus chaleureuse grâce à la présence du doyen honoraire Professeur Ba Bi Youzan, ancien patron du département de sociologie de l’UFHB, sans oublier les nombreux parents, amis, connaissances, et des cohortes d’autres doctorants venus soutenir leur camarade.

Après l’installation du jury, Sandrine a pu prendre la parole. Elle a commencé par exprimer sa profonde gratitude envers ses directeurs de recherche pour leur accompagnement rigoureux et leurs précieux conseils. Elle a ensuite exposé les points essentiels de son étude, organisée classiquement en introduction, méthodologie, résultats/discussions et conclusion. Elle a rappelé que la terre en milieu rural, une ressource absolument vitale, est malheureusement trop souvent source de conflits. Son exposé a détaillé l’évolution des lois foncières en Côte d’Ivoire, depuis la loi de 1963 jusqu’à celle de 1998 (modifiée en 2004), tout en soulignant la persistance des tensions, notamment dans le département de Sinfra. L’objectif de sa recherche était précisément de comprendre pourquoi ces conflits continuent de sévir.
Pour y parvenir, Sandrine a utilisé trois cadres théoriques, dont la théorie de la terre stratégique et celle des conflits. Elle a également réalisé un important travail de terrain dans trois villages du département : Zeminafla, Ounafla et Kononfla. Elle a rencontré et interviewé des figures locales comme les chefs coutumiers, des représentants de l’administration (les sous-préfets), ainsi que des habitants variés : des populations locales (autochtones) et des migrants. Pour recueillir ses données, elle a combiné diverses méthodes : entretiens approfondis, questionnaires et observations directes. Au total, ce sont 205 foyers qui ont participé à l’enquête chiffrée, et 25 personnalités clés qui ont été consultées pour les aspects plus qualitatifs.

Les recherches de Sandrine ont mis en lumière deux grandes manières d’accéder à la terre : les pratiques anciennes, dominées par l’héritage familial, et les pratiques plus récentes. Parmi ces dernières, le système du « planter-partager » (ou zépa) prend de plus en plus d’ampleur. Ce mode de fonctionnement, où des propriétaires âgés confient leurs terrains à des cultivateurs plus jeunes et actifs en échange d’une partie de la récolte, est une véritable innovation. Bien qu’il puisse être mutuellement avantageux, il est malheureusement aussi une source croissante de différends.
Elle a identifié plusieurs types de litiges. Ceux au sein des familles (souvent liés à l’héritage), ceux entre les populations locales et les personnes venues d’ailleurs (souvent à cause du non-respect des accords d’accès à la terre), et ceux découlant des contrats de zépa. Les façons de résoudre ces problèmes varient également. Les disputes familiales sont généralement gérées par le chef de famille. En revanche, les conflits entre habitants et migrants peuvent être portés devant les tribunaux traditionnels – avec des rituels de serment – ou devant les autorités administratives, qui privilégient la médiation et la conciliation.

Après trois heures d’échanges intenses, mais menés avec sagesse et humour par le président du jury, le verdict tant attendu est tombé. Le jury a unanimement accordé à Madame Kouadio Adjoua Sandrine le titre de docteure de l’Université Félix Houphouët-Boigny en sociologie, avec la prestigieuse mention « Très honorable ». Quelques suggestions ont été faites pour les dernières retouches à apporter au manuscrit avant sa version finale, destinée au dépôt auprès de l’École doctorale.
L’annonce de ce résultat a déclenché une vague de joie et d’applaudissements, chacun se pressant pour féliciter chaleureusement la toute nouvelle docteure. L’événement a été immortalisé par une photo de famille, précédé d’un moment symbolique la prestation de serment de Kouadio Sandrine, puis d’un déjeuner convivial offert à tous les participants. À noter que les soutenances de thèses se poursuivent à l’ED-SCALL jusqu’en août.
MÉITÉ Aboubakar