26/08/2026
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CÔTE D’IVOIRE/DÉGUERPISSEMENTS À ABIDJAN : L’ÉGLISE CATHOLIQUE ET SES PARTENAIRES PLAIDENT POUR UNE APPROCHE HUMAINE ET CONCERTÉE

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Les bons d’achat remis à la Pastorale sociale de l’Église catholique pour les victimes de l’Archidiocèse d’Abidjan

Les bons d’achat remis à la Pastorale sociale de l’Église catholique pour les victimes de l’Archidiocèse d’Abidjan

Le siège de la Conférence des Évêques Catholiques de Côte d’Ivoire (CECCI) a abrité, ce vendredi 31 juillet 2026, une cérémonie de solidarité et de plaidoyer humanitaire en faveur des personnes affectées par les récentes opérations de déguerpissement dans le District d’Abidjan. Placée sous le thème « Aménagement urbain et cohésion sociale : comment concilier développement, dignité humaine et solidarité ? », cette rencontre a réuni des évêques, des responsables d’associations catholiques, des représentants du Barreau, le ministère de la Solidarité ainsi que des victimes venues témoigner de leur détresse.

 

Abidjan, 3 août 2026 – La cérémonie, présidée par Monseigneur Marcellin Kouadio, président de la CECCI, et les évêques en charge de la pastorale sociale – Mgr Bruno Essoh YEDOH de Bondoukou et Mgr Jean Pierre TIÉMÉLÉ d’Abengourou – s’est ouverte par une prière suivie du discours de Mgr Emmanuel Wohi Nin, secrétaire général de la Conférence. Celui-ci a souhaité que « cette rencontre porte les fruits que nous en attendons » et invoqué l’Esprit de Dieu pour que « sa création retrouve sa place de premier plan ».

Mgr Emmanuel Wohi Nin, Secrétaire général de la Conférence des Évêques de Côte d’Ivoire, lors de son allocution de bienvenue

Des images poignantes et des témoignages recueillis sur les sites de Vridi, Port-Bouët, Koumassi campement et Gobelé (Cocody) ont montré des familles en larmes, ayant tout perdu, et tournées vers Dieu pour trouver réconfort. Tour à tour, les responsables de Caritas Grand-Bassam, de l’Archidiocèse d’Abidjan, la communauté Sant’Egidio et les aumôniers des paroisses impactées ont déploré le caractère inhumain des opérations, soulignant que les déguerpissements ont été menés sans considération pour la dignité des personnes, « que le Christ a rachetées au sacrifice de sa vie ».

 

Au nom de l’Ordre des avocats de Côte d’Ivoire, le Bâtonnier Florence Loan-Messan a apporté un éclairage juridique. Elle a distingué l’expulsion (locataire sans titre) du déguerpissement (occupation sans droit sur le domaine public), rappelant que l’État, propriétaire du domaine public, dispose du « privilège de l’exécution » et peut agir sans préavis. Toutefois, elle a insisté sur deux points : l’absence d’urgence dans certains cas et le caractère disproportionné des mesures, surtout en pleine saison des pluies et à la veille des examens scolaires.

Le Bâtonnier Florence Loan-Messan de l’Ordre des avocats de Côte d’Ivoire

« La loi est dure, mais c’est la loi, a-t-elle dit. Mais au-delà, se pose la question de la dignité humaine. L’État a la charge de protéger ces populations. » Elle a cité l’exemple des relogements à Biabou, et annoncé que le Barreau s’est mobilisé pour les populations de Koumassi, où des recensements ont révélé que 472 personnes possédaient des titres de propriété sur des terrains relevant du domaine privé, rendant leur déguerpissement illégal. Une action judiciaire est en préparation pour ces familles.

 

Le chargé des programmes de la Commission Justice et Paix, Brice Makombo, a indiqué que des kits alimentaires (riz, huile, tomates en boîte) ont été distribués, tout en appelant les chrétiens et bonnes volontés à poursuivre leurs dons.

Le laïcat de l’église catholique était fortement représenté

Marc Aka, président du Conseil national Caritas, a déploré le caractère inhumain des opérations qui ont contraint l’Église à déployer toute son « armada de gestion des crises ».

 

Un plaidoyer, lu par l’Initiative Sahel pour la paix (SPI-Côte d’Ivoire), a été adressé aux autorités ivoiriennes. Reconnaissant la légitimité des objectifs d’aménagement urbain, les signataires ont invité les pouvoirs publics à privilégier :

  • un dialogue préalable avec les communautés ;
  • une information claire et anticipée ;
  • une attention particulière aux plus vulnérables (enfants, personnes âgées, femmes enceintes) ;
  • des mesures d’accompagnement (hébergement temporaire, soutien psychosocial, aide au relèvement économique) ;
  • des solutions de relogement durable.
Deux bons d’achat ont été remis à la Pastorale sociale de l’Église catholique pour les victimes de l’Archidiocèse d’Abidjan

À l’issue des échanges, une « Déclaration d’Abidjan » a été adoptée, appelant à une gestion des déguerpissements respectueuse de la dignité humaine et de la cohésion sociale. Les participants se sont engagés à poursuivre le dialogue et la solidarité.

 

Deux chèques d’un montant de 1 750 000 FCFA chacun, sous forme de bons d’achat, ont été remis à la Pastorale sociale de l’Église catholique pour les victimes de l’Archidiocèse d’Abidjan.

Des kits ont été remis à des déguerpis

La rencontre s’est achevée par la remise de kits à quelques déguerpis présents, suivie d’une photo de famille dans une ambiance conviviale, symbole d’une mobilisation qui entend placer la personne humaine au cœur de toute politique urbaine.

 

MÉITÉ Aboubakar

 

DÉCLARATION D’ABIDJAN, POUR UNE GESTION DES OPÉRATIONS DE DÉGUERPISSEMENT, RESPECTUEUSE DE L’INTIMITÉ HUMAINE ET DE LA COHÉSION SOCIALE. ADOPTÉE EN OCCASION DE LA CÉRÉMONIE DE SOLIDARITÉ ET DE PLAIDOYER HUMANITAIRE, EN FAVEUR DES PERSONNES AFFECTÉES PAR LES RÉCENTES OPÉRATIONS DE DÉGUERPISSEMENT D’ABIDJAN

 

Nous, participants à la cérémonie de solidarité et de plaidoyer humanitaire, réunis à Abidjan à l’initiative de la Commission de la Pastorale sociale de l’Église catholique en Côte d’Ivoire et de l’initiative du Sahel pour la paix, avec la participation des autorités publiques, des collectivités territoriales, des organisations de la société civile, des communautés religieuses, des partenaires humanitaires et des représentants des populations affectées.

 

Réaffirmons notre attachement aux valeurs de paix, de justice, de solidarité, du dialogue et du respect de la dignité de toute personne humaine.

 

Reconnaissons que les opérations de déguerpissement peuvent répondre à des objectifs légitimes d’aménagement urbain et d’intérêt général, mais qu’elles doivent être conduites dans le respect des droits fondamentaux et de la dignité des personnes concernées. Constatons que ces opérations entraînent souvent des conséquences humaines, sociales, économiques importantes pour les familles affectées, en particulier les plus vulnérables.

 

A cet effet, nous appelons les pouvoirs publics à privilégier une approche fondée sur le dialogue, la concertation et l’information préalable des populations, à renforcer les mesures de protection, d’accompagnement des personnes affectées et à rechercher des solutions durables de relogement, de réinstallation et de relèvement des moyens de subsistance. Nous encourageons les collectivités territoriales, les organisations religieuses, les organisations de la société civile, les médias et les partenaires humanitaires à poursuivre leurs efforts de solidarité, de médiation, d’accompagnement, afin de préserver la cohésion sociale et de promouvoir une culture de paix.

 

Pour notre part, nous nous engageons à poursuivre le dialogue, à renforcer la solidarité envers les personnes affectées et à collaborer avec toutes les institutions de bonne volonté pour promouvoir un développement urbain qui concilie l’intérêt général, la justice sociale et le respect de la dignité humaine.

 

Parce que le développement ne peut être véritablement durable que lorsqu’il place la personne humaine au cœur de l’action publique, nous invitons ensemble les acteurs à faire de la solidarité, de la concertation et du respect de la dignité humaine les fondements de toute opération d’aménagement urbain.

 

Fait à Abidjan le vendredi 31 juillet 2021.

 

M.A

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