26/08/2026
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CÔTE D’IVOIRE/DÉTOURNEMENT À LA DGI : « CE N’EST PAS UNE AFFAIRE DE FRAUDEURS C’EST UNE FAILLITE DE GOUVERNANCE NUMÉRIQUE »

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On ne parle que de ça en Côte d’Ivoire : les 39 milliards de francs CFA qui se sont évaporés de la Direction générale des impôts (DGI) ! Face à ce gros scandale, l’expert Georges Aka, un spécialiste des systèmes informatiques, a décidé de s’exprimer. Pour lui, cette fraude, c’est juste le sommet de l’iceberg. Il critique vivement l’administration qui a bien voulu passer au numérique, mais qui a oublié de sécuriser comment tout ça allait être géré.

 

Abidjan, 16 aout 2026 – Depuis fin juillet 2026, l’affaire fait trembler les murs du service des impôts ivoirien. On parle d’avantages fiscaux bidons, de signatures électroniques volées, d’employés sous les verrous, et d’une communication un peu chaotique entre la direction et les syndicats… Le tableau est plutôt sombre. Mais pour Georges Aka, qui est expert en sécurité des données chez Orange Business France, le souci est bien plus profond qu’une simple histoire de magouilles.

Georges AKA est consultant sénior en systèmes d’information, Data et sécurité chez Orange Business France, entrepreneur et chercheur en sciences de gestion (gouvernance des systèmes d’information, cadre comparatif France/Côte d’Ivoire).

« Le scandale des 39 milliards, ce n’est pas qu’une histoire de voleurs, c’est carrément une gestion numérique qui a fait faillite », lance-t-il d’emblée. D’après lui, si la signature électronique du grand patron, Ouattara Sié Abou, a pu être copiée, ce n’est pas le fait d’un piratage super sophistiqué, mais plutôt la conséquence d’un système informatique mal conçu et fragile.

 

« Pour quelqu’un qui n’y connaît rien, ça peut ressembler à du piratage high-tech. Mais pour un expert, c’est le signe classique d’un système de sécurité pas assez costaud », explique-t-il. L’expert pointe du doigt trois manques majeurs : pas de vraie séparation des rôles (celui qui initie, celui qui valide, celui qui signe), pas de protections matérielles pour les clés de signature, et pas de système pour détecter les problèmes en direct.

 

Cette analyse est d’ailleurs confirmée par la réaction de la DGI elle-même. « Juste après, la direction aurait commencé à revoir son système d’identification, en ajoutant plusieurs étapes de validation et la biométrie. On ne corrige que ce qui n’allait pas », fait remarquer Monsieur Aka.

 

Ce qui inquiète le consultant, c’est que cette défaillance est générale, pas juste un cas isolé. Il rappelle qu’en 2022 déjà, la Cour des Comptes avait épinglé une gestion pas claire des timbres fiscaux pour les cartes d’identité et les passeports. « Quatre ans plus tard, la même Cour signale un problème similaire de traçabilité. Une petite erreur, on la corrige ponctuellement. Mais une erreur qui revient, ça demande de tout revoir de fond en comble », insiste-t-il.

 

Autre signe d’alerte : la confusion autour de comment l’escroquerie a été découverte (par un contrôle interne, une alerte syndicale ou un séminaire à Yamoussoukro ?). « Quand une administration n’arrive pas à savoir qui a trouvé quoi et quand, c’est qu’il n’y a pas de vraie trace technique fiable. »

 

Pour Georges Aka, le souci n’est pas d’avoir numérisé, mais de l’avoir fait sans les bases techniques et l’organisation qu’il fallait. Il cite l’exemple du Maroc, qui a couplé sa modernisation numérique avec un vrai système de gestion de la sécurité, un plan pour assurer la continuité des activités et un alignement sur les normes internationales (comme TADAT, OCDE).

 

Il mentionne aussi les réussites du Mali (qui a augmenté son rapport impôts/PIB de 3,5 points), du Zimbabwe (qui a réduit la fraude à la TVA de 20 %) ou de l’Afrique du Sud (qui a automatisé 90 % de ses déclarations). « Ces bons résultats ne viennent pas de la complexité de la technologie, mais de la rigueur de sa gestion. »

 

Face à ce constat, l’expert propose une marche à suivre en quatre points pour la DGI. D’abord, sécuriser l’identité numérique en généralisant l’authentification forte (avec plusieurs étapes et la biométrie) pour tous les comptes sensibles, et protéger les signatures avec du matériel spécifique ; ensuite, rendre la plateforme e-impôt plus fiable en faisant des tests de charge réguliers et en demandant un audit externe (comme TADAT) dont les résultats seraient publics ; troisièmement, assurer une vraie traçabilité financière en mettant en place un système automatique de vérification entre les sommes collectées et celles versées au Trésor, tout en suivant sérieusement les recommandations de la Cour des Comptes, et enfin, renforcer la gestion en nommant un responsable de la Sécurité des Systèmes d’Information (RSSI) qui dépendrait directement de la direction générale, et en adoptant les normes ISO 27001 et COBIT.

 

L’expert ne conteste pas l’importance des poursuites judiciaires contre les dix agents arrêtés. « C’est une réaction nécessaire face à la fraude. Mais cela ne s’attaque qu’aux conséquences. Tant que la Côte d’Ivoire n’aura pas une gestion numérique à la hauteur de ses ambitions pour son administration fiscale, ce genre de scandale se reproduira, sous une autre forme, dans un autre service, avec d’autres sommes. »

 

Il conclut sur une note d’optimisme : « La bonne nouvelle, c’est que la solution existe déjà, elle est documentée par les normes internationales et utilisée par plusieurs administrations voisines. Il n’y a plus qu’à s’en inspirer. »

 

La Direction générale des impôts, qui était censée être un modèle de modernisation de l’État, se retrouve aujourd’hui plongée dans une sacrée tourmente médiatique et judiciaire. Alors que les langues se délient et que les idées fusent, le diagnostic de Georges Aka replace le débat sur le terrain technique et politique : passer au numérique ne suffit pas, il faut aussi sécuriser et bien gérer. Le gouvernement ivoirien saura-t-il transformer cette crise en une chance de réformer en profondeur son administration numérique ?

 

MÉITÉ Aboubakar

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