CÔTE D’IVOIRE/1ERES JOURNÉES FONCIÈRES : ABIDJAN VEUT SÉCURISER LA TERRE POUR LIBÉRER L’INVESTISSEMENT
Le vice premier ministre Téné Birahima Ouattara a ouvert les journées
À travers les premières Journées foncières d’Abidjan, la Côte d’Ivoire veut faire de la sécurisation des terres un moteur de paix sociale, d’investissement et de développement durable. Près de 2 000 participants venus de plusieurs horizons du continent sont réunis au Parc des Expositions d’Abidjan pour partager expériences et solutions.
La bataille du développement africain passe aussi par la terre. À Abidjan, responsables politiques, experts, investisseurs et partenaires au développement se retrouvent autour d’un même défi : sécuriser le foncier pour libérer les investissements, réduire les conflits et renforcer la cohésion sociale.

C’est tout l’enjeu de la première édition des Journées foncières d’Abidjan, ouvertes lundi 5 octobre 2026 au Parc des Expositions. Placée sous le thème « La sécurisation foncière, facteur de cohésion sociale et levier pour l’investissement productif, la création d’emplois et le développement durable », la rencontre rassemble près de 2 000 participants.
La terre au cœur de la croissance
L’équation est simple : sans sécurité foncière, difficile d’attirer durablement les capitaux, de développer l’agriculture ou encore de planifier efficacement l’urbanisation.
Présidant la cérémonie d’ouverture, Téné Birahima Ouattara, Vice-Premier ministre, ministre d’État et ministre de la Défense, a insisté sur l’importance de garantir les droits de propriété. Une condition essentielle, selon lui, pour renforcer la confiance des investisseurs et favoriser la création d’emplois durables.
L’enjeu est d’autant plus important que les villes africaines connaissent une croissance rapide tandis que les États cherchent à moderniser leur agriculture. Dans ce contexte, l’insécurité juridique qui entoure encore de nombreuses terres constitue un frein aux investissements et une source persistante de tensions.
La Côte d’Ivoire veut donc accélérer la modernisation de son administration foncière. La dématérialisation des actes domaniaux et le déploiement du cadastre numérique figurent parmi les principaux leviers retenus pour améliorer la transparence et sécuriser les transactions.
La Côte d’Ivoire accélère
Bruno Nabagné Koné, ministre de l’Agriculture, a pour sa part mis en lumière les causes profondes des conflits fonciers. Complexité des procédures, méconnaissance des textes et persistance de certaines réglementations anciennes continuent de compliquer la gestion des terres.

Face à cette situation, plusieurs pays africains ont engagé des réformes. Le Sénégal, le Bénin, le Cap-Vert et Madagascar développent notamment des programmes d’enregistrement massif et de cartographie des terres.
En Côte d’Ivoire, l’Agence foncière rurale (AFOR) est en première ligne.
Les chiffres avancés par Bruno Koné témoignent des progrès réalisés depuis 2017 : 5 786 villages sont désormais délimités et bornés, contre seulement 284 en 2017. À cela s’ajoutent 68 000 certificats fonciers délivrés et 85 447 contrats agraires formalisés.
Une dynamique qui aurait déjà produit des effets sur le terrain. Selon une évaluation indépendante réalisée en 2025, la démarche aurait contribué à réduire de 30 % les conflits fonciers à l’échelle nationale.
Mais le chemin reste long. Le gouvernement ambitionne de sécuriser 23 millions d’hectares, de délimiter 9 000 localités et de délivrer 1,5 million de certificats fonciers.
L’Afrique veut parler d’une même voix
La réforme foncière ivoirienne bénéficie du soutien de plusieurs partenaires internationaux, parmi lesquels la Banque mondiale, l’Agence française de développement, la Banque africaine de développement et l’Union européenne.
Mais Abidjan veut aller plus loin : créer un espace africain de dialogue autour des politiques foncières.
Durant trois jours, les participants vont ainsi confronter leurs expériences autour de plusieurs rendez-vous : salon des innovations, conférence inaugurale, table ronde ministérielle, forum des partenaires financiers et ateliers thématiques.
L’objectif est de faire émerger des solutions adaptées aux réalités africaines et de favoriser une meilleure coopération entre États.
Le Sénégal en modèle
Invité d’honneur de cette première édition, le Sénégal apporte son expérience en matière d’administration foncière et de cadastre.
Cheick Diba, ministre sénégalais de l’Économie, des Finances et du Plan, a défendu l’idée d’une coopération fondée sur le partage d’expériences plutôt que sur la transmission de modèles préétablis.
« Le Sénégal ne vient pas donner des leçons. Il vient partager son expérience et s’enrichir, en retour, de la vôtre ainsi que de celle de tous nos partenaires », a-t-il déclaré.
À Abidjan, le message est donc clair : sécuriser la terre, c’est sécuriser l’investissement, prévenir les conflits et préparer les économies africaines à une croissance plus durable. Les Journées foncières veulent désormais transformer cette conviction en une dynamique continentale.
Salifou Koné