CÔTE D’IVOIRE/SCANDALE IMMOBILIER DE LA MUTADAFP : 800 ÉPARGNANTS FLOUÉS CRIENT LEUR DÉTRESSE ET RÉCLAMENT JUSTICE
Le Mouvement citoyen Les Chapeaux Rouges de Cahié Kunta et le Collectif des victimes des projets immobiliers de la MUTADAFP conduit par Traoré Seydou ont animé une conférence de presse, hier mardi, à la Riviera Palmeraie
Le Mouvement citoyen Les Chapeaux Rouges et le Collectif des victimes des projets immobiliers de la MUTADAFP ont animé une conférence de presse, mardi 13 octobre 2026, à la Riviera Palmeraie. Ils dénoncent un scandale foncier qui secoue la Côte d’Ivoire et interpellent les plus hautes autorités.
Abidjan, 14 octobre 2026 – C’est un nouveau coup de tonnerre dans le secteur de l’immobilier en Côte d’Ivoire. Réunis en grand nombre face aux médias nationaux et internationaux, des centaines de souscripteurs en colère, le visage marqué par l’inquiétude, ont dénoncé ce qu’ils qualifient de véritable « hold-up foncier ». À leur tête, Cahié Kunta, porte-parole du mouvement citoyen Les Chapeaux Rouges, s’est fait l’écho de la détresse de près de 800 familles. Au cœur de ce drame, la Mutuelle des Agents de la Direction des Affaires Financières et du Patrimoine (MUTADAFP), pour un préjudice financier qui donne le tournis, estimé à 4 milliards de FCFA.

Aux côtés de Cahié Kunta, Traoré Seydou, représentant le collectif des victimes, ainsi que de nombreuses mères de famille désabusées, étaient présents pour alerter l’opinion publique sur ce énième dérapage foncier.
La veille de cette rencontre avec les journalistes, une lueur d’espoir avait pourtant semblé poindre. Une délégation des victimes a été reçue en urgence par le Directeur des Affaires financières (DAF) du ministère des Finances. Autour de la table, le nouveau comité de crise, le président de la mutuelle, des collaborateurs et des représentants des Chapeaux Rouges.
Malheureusement, l’entrevue a tourné court. « Ces discussions n’ont débouché sur aucune solution concrète pour les familles », a déploré Cahié Kunta. Selon lui, les responsables présents se sont rejeté la responsabilité de ce fiasco, se retranchant derrière l’arrestation de l’ancien président de la mutuelle ou le fait que le dossier soit désormais entre les mains de la justice. « Nous respectons le travail des juges. Mais le temps de la justice ne doit pas effacer la souffrance quotidienne des victimes, ni masquer l’urgence de leur trouver une issue financière », insiste-t-il.


Désormais, la rupture de confiance est totale. Les souscripteurs ne veulent plus entendre parler de propositions de terrains. Ils réclament le remboursement pur et simple de leurs économies. Malgré plusieurs courriers officiels envoyés à la Primature, au Parlement et au ministère des Finances, seul le DAF a accepté de les recevoir à ce jour. Tous les regards se tournent maintenant vers l’audience du 21 octobre prochain, espérant qu’elle apportera enfin des réponses tangibles.
Derrière la froideur des chiffres et des milliards évaporés, le porte-parole des Chapeaux Rouges a tenu à rappeler le drame humain qui se joue en coulisses. « Ce sont des projets de vie entiers qui se sont effondrés. Des couples ont divorcé, des personnes âgées ont vu leur santé se dégrader brutalement, et des travailleurs ont perdu les économies de toute une vie de labeur. Ils voulaient simplement offrir un toit à leurs enfants. », note Cahié Kunta.
Face à ce désastre social, le collectif lance un appel solennel et respectueux au président de la République, Alassane Ouattara, pour qu’il se saisisse personnellement de ce dossier.
Le Collectif des victimes (CVPI-MUTADAFP), représenté par Traoré Seydou, s’est également adressé à la presse pour clarifier les rôles. Plusieurs entreprises ayant participé à la vente de ces projets immobiliers sont pointées du doigt. Outre la MUTADAFP, les sociétés « Grâce Immobilier Construction », « AL SANOGO », « ARCTIC GROUPE » et « TEX IMMOBILIER » sont sommées de s’expliquer sur leurs liens financiers.
Le communiqué mentionne aussi plusieurs dirigeants et intermédiaires de la mutuelle (notamment Gnande Bloa Abel, N’Dri Koffi Achille, Kouadio Brou Michel, Kéké Watonne, Bouo Daha Alain Sylvain et Kondo Renaud), tout en rappelant qu’ils bénéficient de la présomption d’innocence.
De nombreuses plaintes ont déjà été déposées auprès du Pôle pénal économique et financier (PPEF). Les plaignants exigent deux choses simples : la livraison rapide des terrains promis ou, à défaut, la restitution intégrale de leur argent, assortie de dédommagements pour le préjudice moral subi.
Parmi les moments forts de cette conférence de presse, l’intervention en direct du Canada de M. Oumar, enseignant et membre de la diaspora, a marqué les esprits. « Le préjudice dépasse largement les 4 milliards si l’on compte les fonctionnaires du ministère des Finances eux-mêmes, qui n’osent pas parler par peur d’être licenciés. Comment la diaspora peut-elle avoir confiance et investir dans son pays d’origine si l’État laisse de telles arnaques se produire sous ses yeux ? », déplore t il.

Mme Koné Marguerite, elle, ne décolère pas. « Ils nous ont emmenés visiter des sites à Yamoussoukro, j’ai les photos ! Et puis du jour au lendemain, plus de tonalité au téléphone. Quand je suis allée à leurs bureaux au Plateau, les portes étaient fermées. On nous dit aujourd’hui que le responsable est en prison. Mais cela ne nous rend pas notre argent ! », note elle.
Pour Mme Touré, la manipulation était extrêmement bien rodée. « Ils nous mettaient en confiance avec de faux courriers de suivi et des reçus bancaires en bonne et due forme à la NSIA Banque. Quand le projet de Bingerville a capoté, ils ont promis de nous rembourser. C’était un mensonge de plus. », explique t elle la gorge nouée.
Monsieur Antoine Yoffo, qui représente cinq membres de sa famille installés à l’étranger, résume l’état d’esprit général. « Notre but n’est pas de chercher à mettre des gens en prison. Ce qui nous importe, c’est que l’on nous rende nos terres ou nos économies. », déclare t il.

Cette affaire tragique s’ajoute à une liste déjà trop longue de scandales immobiliers en Côte d’Ivoire (les affaires « Komé Bakary », « Koumassi Campement », « Italia Construction » ou encore « Maman Caï-Caï »). Pour le collectif, le seuil de tolérance est largement dépassé. Ils demandent à l’État d’agir avec la plus grande fermeté pour stopper ces réseaux d’escrocs qui ruinent des vies innocentes.
Déterminées mais respectueuses des lois, les victimes de la MUTADAFP promettent de poursuivre leur combat pacifique jusqu’à l’obtention de leurs droits.
MÉITÉ Aboubakar