ABISSA 2025 : LE RIDEAU EST TOMBÉ SUR UNE ÉDITION RICHE EN ÉMOTIONS
Abidjan, 20 octobre 2025 – L’édition 2025 de l’Abissa, le Nouvel An du peuple N’Zima Kotoko, s’est achevée, samedi dernier, dans la cité historique de Grand Bassam. Une clôture en beauté qui marque le passage de témoin vers la période de l’Éhoudolê, après plusieurs jours de célébrations, de danses et de rituels ancestraux.

Abidjan, 20 octobre 2025 – L’édition 2025 de l’Abissa, le Nouvel An du peuple N’Zima Kotoko, s’est achevée, samedi dernier, dans la cité historique de Grand Bassam. Une clôture en beauté qui marque le passage de témoin vers la période de l’Éhoudolê, après plusieurs jours de célébrations, de danses et de rituels ancestraux.
C’est en présence d’un parterre de personnalités que le roi Nanan Awoulae Amon Tanoh Désiré, président de la Chambre des rois et chefs traditionnels de Côte d’Ivoire, a présidé aux cérémonies de clôture. À ses côtés, on notait la présence remarquée de Nanan N’Dêffo Kroutchikat IV, roi des Adouvlè de Tiapoum, venu avec une délégation de sept notables. Des membres de la Chambre nationale des rois et chefs traditionnels, le directeur de cabinet de la ministre de la Culture, la sénatrice Marie Irène Richmond, le footballeur international Aka Kouamé Basile, ainsi que des représentants de l’UNESCO et des sponsors ont également répondu présent à l’invitation royale.

La cérémonie a débuté par l’entrée solennelle du souverain sur la Place Abissa. Précédé du sceptre royal et des femmes Komien vêtues de blanc, le roi est apparu porté dans un hamac, sa petite fille richement parée d’or à ses côtés. Les pas de danse esquivés de la jeune princesse ont soulevé l’enthousiasme de la foule. Après un tour complet du podium des tambourineurs – tous issus de la 9e génération du centre de formation –, le roi a gagné son fauteuil brodé d’or sous les ovations d’un public venu des quatre coins du monde.
Après le rituel de purification de la place par les Komien, les festivités ont démarré. La joie d’avoir atteint une nouvelle année a explosé au rythme des chants et des danses. Plusieurs groupes se sont succédé sur l’esplanade : le groupe Atchuin Kouassi de l’Impérial, les Filles de la cour royale, les danseurs Adouvlè de Tiapoum, le Centre de formation Kouyèlè Dindon, ou encore Zouman Yekô Yegnounou et Adomo de Grand Bassam. Tous ont exécuté avec maestria les trois danses caractéristiques de l’Abissa : le Siédou, le Gouazô et l’Ehoudolê.
Un des moments les plus purs de la soirée fut le passage des chansonniers poètes, Atomou de Mondoukou et Ananzê d’Azureti. Héritiers d’une tradition unique, ils ont offert une démonstration saisissante de la démocratie satirique N’Zima. Agitant un bambou, ils ont égrené, d’une voix forte et distincte, les « faits et gestes » attribués au roi. Un exercice périlleux mais sacré, où la critique, portée « sur le bon ton » et basée sur la vérité, est un pilier de la gestion sociale. Pendant l’Abissa, ces poètes bénéficient d’une immunité totale, et le roi, en souriant ou en fronçant les sourcils, doit écouter sans jamais se fâcher.
Si la fête a été unanimement saluée pour sa beauté et son effervescence, l’affluence était en revanche moindre que prévue. Le président du comité d’organisation l’a expliqué par le contexte du 15 du mois, période de fin de mois difficile, et par un « environnement sécuritaire » qui incite à la prudence dans les déplacements, surtout nocturnes. « Malgré tout ça, c’était quand même une grande affluence, parce que c’est un contexte qui ne se prête pas aux grands déplacements des populations », a-t-il tempéré.

Le lendemain, dimanche, le roi a effectué une dernière parade au son de la fanfare, scellant définitivement la fête du Nouvel An. Le rituel de clôture a vu l’Édomgbolé être dépouillé de ses attributs sacrés et placé, renversé, sur le podium. Désormais, plus aucun son ne résonnera sur la place publique de l’Abissa. Pendant une semaine, seules les familles dépositaires et les initiés y auront accès, avant que le tam-tam sacré n’entame son voyage de retour vers son site de repos, au Ghana. L’Abissa 2025 est bel et bien fini, place désormais à l’Éhoudolê.
MÉITÉ Aboubakar