AVICULTURE/ APPLICATION DE LA TVA DANS LA FILIERE EN COTE D’IVOIRE : LA GROGNENT DES OPERATEURS
Une TVA de 18% sur l’aliment, un « comprimé amer » et les industriels sonnent l’alarme, les éleveurs s’apprêtent à des actions urgentes face à une hausse jugée catastrophique.
Une TVA de 18% sur l’aliment, un « comprimé amer » et les industriels sonnent l’alarme, les éleveurs s’apprêtent à des actions urgentes face à une hausse jugée catastrophique.
Abidjan, 4 janvier 2026- Un vent de panique et de colère souffle sur la filière avicole ivoirienne en ce nouvel An. Malgré des mois de négociations, l’annexe fiscale 2026 a confirmé l’application d’une Taxe sur la Valeur Ajoutée (TVA) de 18% sur les aliments pour volaille, une mesure qualifiée de « comprimé amer » et même de « suicidaire » par les acteurs du secteur. Elle est entrée en vigueur le 2 janvier 2026.
L’Association des Industriels de la Filière Avicole (AIFA) a officiellement tiré la sonnette d’alarme, le 29 décembre dernier, dans une note d’information adressée aux présidents des principales associations d’éleveurs et de revendeurs. Le président de l’AIFA, M. Kindo Kouadio Armand, y acte cette décision tout en dénonçant son caractère « inflationniste » et le « péril » qu’elle fait planer sur l’ensemble des activités de la filière, des producteurs d’aliments aux éleveurs en passant par les revendeurs.
Les conséquences sur le terrain seront concrètes et brutales. Selon les calculs communiqués par une structure industrielle, le prix du sac d’aliment « démarrage », actuellement vendu à 19 000 FCFA, bondira à 22 420 FCFA dès janvier, avec l’ajout des 3 420 FCFA de TVA. De même, l’aliment « croissance » passera de 18 000 FCFA à 21 240 FCFA (+3 240 FCFA).
« C’est une situation calamiteuse », a réagi un responsable de l’Association Nationale des Aviculteurs Modernes de Côte d’Ivoire (ANAM-CI), joint. Face à l’urgence, l’association annonce la convocation immédiate d’une réunion de son bureau exécutif. « Vous aurez nos décisions dans les jours à venir », a-t-elle prévenu, laissant planer la possibilité d’actions de protestation coordonnées auprès des autorités.
Dans sa note, l’AIFA assure de sa « solidarité » et de sa « disposition » à accompagner les éleveurs dans d’éventuelles actions à mener « auprès des autorités compétentes pour le développement harmonieux de notre filière ». Ce soutien public des industriels aux éleveurs souligne l’ampleur de la crise perçue et la crainte d’un effondrement en cascade.
Les éleveurs, déjà confrontés à la hausse du prix des intrants et à une concurrence difficile, redoutent l’asphyxie. Cette taxe, en alourdissant leur principal poste de dépense (l’aliment représente jusqu’à 70% des coûts de production), pourrait rendre l’élevage non rentable, entraîner une flambée du prix de la volaille locale et accroître la dépendance aux importations, à l’inverse des objectifs d’autosuffisance alimentaire.
Alors que 2026 s’apprête à débuter, la filière avicole entre dans l’année sous une menace existentielle. La balle est désormais dans le camp des autorités, que les éleveurs comptent interpeller avec force, soutenus par les industriels, pour une révision de cette mesure fiscale qu’ils jugent préjudiciable.
Que Dieu bénisse les éleveurs, et que Dieu bénisse l’ANAM-CI, a conclu le responsable, résumant le sentiment de résignation et de détermination qui anime le secteur.
MÉITÉ Aboubakar