13/03/2026
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CÔTE D’IVOIRE : CINQ MOIS APRÈS LA PRÉSIDENTIELLE, AMNESTY INTERNATIONAL DÉNONCE LA DÉTENTION « ARBITRAIRE » DE MANIFESTANTS ET DE FEMMES ENCEINTES

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Dans un communiqué publié ce mardi, l’organisation de défense des droits humains Amnesty International tire la sonnette d’alarme sur le sort de plusieurs dizaines de personnes toujours emprisonnées en Côte d’Ivoire, cinq mois après les violentes répressions des manifestations ayant précédé l’élection présidentielle d’octobre 2025.

 

Abidjan, 10 Mars 2026 – Dans un communiqué publié ce mardi, l’organisation de défense des droits humains Amnesty International tire la sonnette d’alarme sur le sort de plusieurs dizaines de personnes toujours emprisonnées en Côte d’Ivoire, cinq mois après les violentes répressions des manifestations ayant précédé l’élection présidentielle d’octobre 2025. L’ONG dénonce des procès inéquitables et des conditions de détention alarmantes, en particulier pour trois femmes enceintes.

 

Selon l’enquête menée par l’organisation, des centaines de personnes, « manifestant·e·s et passant·e·s », avaient été arrêtées lors de la dispersion de rassemblements quelques jours avant le scrutin. Si certains ont été jugés rapidement sans assistance légale, des dizaines d’autres croupissent toujours en détention provisoire.

 

« Aujourd’hui, cinq mois après leur arrestation, des personnes sont toujours détenues uniquement parce qu’elles se sont trouvées à proximité des manifestations. Les autorités ivoiriennes doivent ordonner leur libération », a déclaré Marceau Sivieude, directeur régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale.

 

Le sort de trois détenues en particulier préoccupe l’organisation. Incarcérées alors qu’elles étaient enceintes, elles se trouvent toujours au pôle pénitentiaire d’Abidjan. Deux d’entre elles ont déjà été condamnées en octobre à trois ans de prison pour « troubles à l’ordre public » ou « participation à une marche interdite », des chefs d’inculpation que leurs proches jugent infondés.

 

La première, une commerçante et mère de quatre enfants arrêtée le 11 octobre alors qu’elle vendait du jus de fruits à proximité d’une manifestation, a été jugée cinq jours plus tard. Sa famille se voit toujours refuser le droit de visite. La seconde, mère de cinq enfants et enceinte de six mois, a été interpellée le même jour car elle portait un tee-shirt aux couleurs d’un parti d’opposition.

 

« Ces femmes ont été prises lors de rafles, alors qu’elles vaquaient à leurs occupations. Elles se trouvent dans un environnement qui n’est pas propice au bon déroulement d’une grossesse. Elles sont très affectées moralement et physiquement », a témoigné leur avocat, Sylvain Tapi. Ses clientes ont fait appel et attendent une date d’audience.

 

Une troisième femme, enceinte de sept mois, est quant à elle maintenue en détention provisoire. Selon ses proches, elle a été arrêtée le 20 octobre chez elle, après avoir été témoin de la fuite de manifestants. Les policiers l’auraient frappée avant de l’emmener.

 

Amnesty International a également documenté le cas de deux hommes arrêtés alors qu’ils se rendaient à leur travail. Jugés quelques jours après leur interpellation, ils ont été condamnés à trois ans de prison sans avoir été assistés d’un avocat. L’un d’eux avait été fouillé et porteur d’une carte de membre d’un parti d’opposition.

 

L’ONG estime que le recours à une interdiction générale de manifester en octobre 2025 a constitué « un échec cuisant » des autorités dans la défense de la liberté de réunion pacifique.

 

Elle exhorte aujourd’hui le gouvernement ivoirien à :

  • Libérer immédiatement les personnes détenues sans charges formellement établies.
  • Accélérer les procédures en appel dans le respect des droits de la défense.
  • Garantir des soins médicaux appropriés, notamment prénataux, et autoriser les visites familiales.

 

« Les autorités ivoiriennes doivent garantir et assurer les droits humains de chacun·e, et respecter les obligations internationales du pays », a conclu Marceau Sivieude, en référence à la Charte africaine des droits de l’homme et aux Règles Nelson Mandela pour le traitement des détenus.

 

MÉITÉ Aboubakar

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