COTE D’IVOIRE/CRISE À L’UNJCI : CONGRÈS EXTRAORDINAIRE AVORTÉ DANS LA VIOLENCE ET LA CACOPHONIE
Le congrès extraordinaire s'est terminé dans le désordre
Alors que les instances dirigeantes tentaient d’obtenir une prorogation de leur mandat, l’opposition a fait échouer la session, nécessitant l’intervention des forces de l’ordre pour exfiltrer les responsables.
Abidjan, 26 Février 2026 – Le grand amphithéâtre de la Maison de la Presse a été le théâtre de scènes de chaos, ce mercredi 25 février 2026. Initialement convoqué pour statuer sur l’avenir de l’Union nationale des journalistes de Côte d’Ivoire (UNJCI), le congrès extraordinaire s’est achevé dans la confusion totale, marqué par des échauffourées et l’intervention des forces de l’ordre.
C’est dans un climat de tension extrême que le président du conseil d’administration, Bertin N’Guessan, ses vice-présidents Yacouba Gbané et Bakayoko (alias Dougue Sangoua), la secrétaire Flora Ballo, ainsi que le président du comité exécutif, Jean-Claude Coulibaly, ont dû être exfiltrés de la salle. Escortés par les forces de l’ordre, ils ont quitté les lieux sous les huées d’une partie de l’assistance acquise à Marie Laure N’Goran, candidate déclarée à la présidence de l’Union.
L’objectif de ce conclave était clair pour les instances sortantes : obtenir de l’assemblée générale une prorogation de leur mandat. Comme l’a expliqué Bertin N’Guessan, cette demande était motivée par la nécessité d’« éviter la vacance des instances », qui serait « préjudiciable à l’Union ». Selon lui, le mandat du conseil d’administration et du comité exécutif expire légalement le 26 février 2026 à minuit. Or, l’élection du nouveau président ne peut se tenir tant que le Tribunal n’a pas reçu le rapport de la Commission d’attribution des cartes professionnelles concernant la candidature de Franck Ettien.
Invoquant l’article 15 des statuts de l’UNJCI qui autorise la tenue d’un congrès extraordinaire, Bertin N’Guessan a tenté de soumettre la question de la prorogation au vote. Ce fut l’élément déclencheur du chaos.
Dès que la question a été posée, des journalistes se sont levés pour exprimer leur opposition radicale. « Non, nous ne voterons pas ! », ont-ils crié, en se dirigeant vers la table de séance. Dans le vacarme ambiant, un journaliste d’un quotidien généraliste, identifié sous les initiales J.N, a contesté la légitimité même de la rencontre, affirmant que le congrès « n’a pas de base juridique » et menaçant de « remettre en cause toutes les décisions » qui y seraient prises.
Cette opposition a trouvé un écho immédiat auprès du camp de Marie Laure N’Goran. Peu après l’échec du congrès, le directeur de campagne de la candidate, Félix Boni, a tenu un point de presse cinglant sur place. Il a qualifié la tentative de prorogation de « braquage à la tête de l’Union ».

Pour lui, ce congrès extraordinaire est « non statutaire ». Se référant aux articles 3 et 4 des statuts, il a soutenu que les conditions de convocation n’étaient pas réunies et que la session ne pouvait être dirigée par le conseil d’administration, dont il ne reconnaît plus la légitimité. « Le mandat de ces instances est à son terme », a-t-il martelé, allant jusqu’à demander la fermeture de la Maison de la Presse.
Ce nouvel épisode s’inscrit dans un feuilleton qui dure depuis plusieurs semaines. Le congrès électoral, initialement prévu les 13 et 14 février, avait déjà été reporté aux 20 et 21 février après une rencontre avec le ministre de la Communication, Amadou Coulibaly. Ces dates avaient à leur tour été suspendues par décision de justice, suite à une plainte du « Collectif des journalistes pour le respect des textes de l’UNJCI ». Ce collectif conteste la candidature de Franck Ettien, l’estimant non-conforme car ne disposant pas, selon eux, de la carte professionnelle (CIJP).
Alors que les deux camps se renvoient la responsabilité de la situation, l’UNJCI se retrouve plus divisée que jamais. Les images de responsables syndicaux exfiltrés sous escorte policière contrastent violemment avec l’idéal de dialogue et de sérénité que devrait incarner la maison des journalistes.
Alors que les esprits restent surchauffés, l’opinion publique, médusée, observe cette guerre de position et aspire à une solution rapide. L’enjeu est désormais de savoir comment l’Union pourra sortir de cette impasse et organiser, dans le respect de ses textes et dans la paix, l’élection de ses nouveaux responsables.
MÉITÉ Aboubakar