CÔTE D’IVOIRE : LA 5ᵉ ÉDITION DE LA CONFÉRENCE « VOIX DES FILLES » S’OUVRE À ABIDJAN POUR BRISER LE SILENCE SUR LES MARIAGES PRÉCOCES
Les filles sont exhortées à s'exprimer sur leurs problèmes
Abidjan, 12 octobre 2026 – Malgré des avancées encourageantes dans l’accès à l’éducation, le quotidien de nombreuses jeunes filles en Côte d’Ivoire reste assombri par les mariages forcés, les violences et les grossesses précoces. C’est pour briser ce cercle vicieux que la 5ᵉ édition de la conférence internationale « Voix des filles » a démarré ce vendredi 9 octobre 2026, dans les locaux de l’UNICEF à Abidjan Cocody Riviera Golf.
Portée par l’ONG Pro-Kids Côte d’Ivoire avec le soutien de partenaires locaux et internationaux, cette rencontre de trois jours fait écho à la Journée internationale de la fille, célébrée le 11 octobre. Autour du thème « Mettre fin au mariage des enfants et investir dans les droits des filles », l’événement résonne cette année comme un cri du cœur : « Quand les jeunes filles engagées prennent la parole, le monde avance ».
Pour Mme N’deye Fall, représentante de l’UNICEF, ce rendez-vous ne doit pas se limiter à une simple commémoration sur le calendrier. Elle estime qu’il s’agit d’un moment de vérité et de responsabilité collective face aux obstacles qui freinent encore l’élan des jeunes filles.
Bien que la Côte d’Ivoire ait fixé en 2019 l’âge légal du mariage à 18 ans pour tous, les anciennes habitudes ont la vie dure. Les statistiques de l’Enquête démographique et de santé de 2021 sont d’ailleurs frappantes. Près de 30 % des femmes de 20 à 49 ans ont été mariées avant leur majorité, et environ 7 % d’entre elles l’ont été avant l’âge de 15 ans. Mme Fall insiste donc sur l’importance de renforcer la protection et l’éducation des adolescentes, tout en plaidant pour que cette journée devienne une célébration officielle au niveau national.
De son côté, Aïcha Traoré, présidente de Pro-Kids Côte d’Ivoire, rappelle qu’on ne peut plus décider pour les jeunes filles sans les écouter. Pour cette édition, cinq anciennes participantes ont directement intégré l’équipe de préparation. « Nous ne voulons pas seulement encourager les jeunes filles, nous voulons qu’elles soient les actrices de leur propre destin », explique-t-elle. Elle souhaite également que la date du 11 octobre devienne un rendez-vous national soutenu par des financements réels et durables.
Pour illustrer la réalité du terrain, la représentante de Save the Children, Ekassi Eloundou Paul Stéphanie, a partagé l’histoire touchante d’une adolescente de 14 ans, rescapée d’une agression sexuelle et accompagnée vers la reconstruction grâce à une structure d’accueil spécialisée. « Derrière chaque statistique, il y a des vies, des rêves et des avenirs à préserver », a-t-elle rappelé avec émotion.
Dans la même dynamique, Sanata Koné, au nom de l’UNFPA, a souligné que la lutte contre le mariage précoce passe par un soutien direct à la santé sexuelle et reproductive des adolescentes. De son côté, N’Gakoutou Timothée de l’UNESCO a évoqué le drame de ces jeunes filles privées d’école à cause d’un mariage forcé, appelant les familles et l’État à faire bloc commun.
Le gouvernement a tenu à saluer le travail de l’ONG Pro-Kids, qui a déjà accompagné plus de 7 000 jeunes filles et sensibilisé des dizaines de milliers d’autres, un engagement récompensé par le Prix national d’excellence en 2024.
Représentant la ministre Nassénéba Touré, le Dr Binaté a reconnu que malgré les progrès scolaires, le combat contre les violences et les unions précoces reste immense. Elle a réaffirmé l’engagement des autorités à protéger la jeunesse avant d’ouvrir officiellement les travaux de cette édition.
La deuxième partie de ce rendez-vous dédiée à la jeune fille adolescente a été consacrée à une séance de témoignage sur des filles au parcours divers à travers des reportages filmés et à un échange question-réponses avec des juristes.
Durant trois jours, des jeunes ambassadrices venues de Côte d’Ivoire, du Bénin, du Togo, de Guinée et du Sénégal vont échanger avec les institutions pour proposer des solutions concrètes. Car, comme l’ont rappelé les différents intervenants, protéger les filles ne doit pas être un simple slogan, c’est leur donner les moyens d’apprendre, de choisir et de construire librement leur vie. C’est à la concrétisation de ces promesses que se mesurera la réussite de cette rencontre.
MÉITÉ Aboubakar