COUTUME ET TRADITION : CLOTURE DES COMMEMORATIONS A ABIDJAN-ANONO : LES BLESSOUE DONGBA TERMINENT EN BEAUTE
L’apothéose des commémorations des classes d’âge de cette localité s’est faite avec les Blessoué Dongba sous une pluie battante mais aussi avec la détermination, la ferveur et la joie débordante de la plupart des membres de cette catégorie. Les invités et les autochtones venus en masse ont bravé la pluie qui n’a pas terni leur enthousiasme.
Abidjan, 29 septembre 2025 – Quel spectacle ! Quelle émotion ! Si vous n’étiez pas à Anono, ce samedi 27 septembre, vous avez manqué un chapitre non moins important de la vie du village.
L’apothéose des commémorations des classes d’âge de cette localité s’est faite avec les Blessoué Dongba sous une pluie battante mais aussi avec la détermination, la ferveur et la joie débordante de la plupart des membres de cette catégorie. Les invités et les autochtones venus en masse ont bravé la pluie qui n’a pas terni leur enthousiasme.
Ce mois de septembre 2025 a coïncidé avec les célébrations des anniversaires de sortie officielle des Dougbo Agban, des Tchagba Dongba, des Tchagba Assoukrou et enfin les Bléssoué Dongba qui ont bouclé la boucle dans un tourbillon de couleurs, de sons et de symboles forts.
Le premier moment fort fut l’arrivée du tambour ‘’Bôdôblô’’ qui signifie ‘’Le pas des sages’’. Plus large et plus court que les autres tambours, porté à deux sur un bambou, avec son qui symbolise l’appel des ancêtres à la célébration de l’amour. Son tambourin, torse nu, le visage badigeonné de kaolin et vêtu d’un simple pagne kita, avait des allures de messager venu d’un autre temps.
Le deuxième symbole, et non des moindres, fut de voir le chef du village, M. Sévérin Djorogo, se fondre dans la foule en liesse. Accompagnant le guerrier et le cortège des femmes, il a incarné l’union parfaite entre la chefferie et sa communauté. « Le chef est avec sa communauté, la communauté est avec le chef », a-t-il lancé plus tard, le visage illuminé de joie et de satisfaction.
Puis vint le temps du guerrier, Constantin Beugré. Vêtu de son éternelle chéchia blanche, arborant une cape noire constellée de décorations rouge et noir, son visage étant badigeonné de noir. Arrivé à l’extrême nord d’Anono, il s’est soudain agenouillé. La foule a retenu son souffle. Dans un silence quasi religieux, certains de ses camarades ont formé une voûte protectrice autour de lui. Cinq longues minutes passèrent.
Et soudain, comme traversé par une énergie mystérieuse, l’attroupement s’écarta. Constantin Beugré bondit alors, brandissant sa machette vers le ciel gris avant de regagner sa demeure sous une ovation monstre et les détonations joyeuses des Kpégué (ces anciens fusils aujourd’hui remplacés par des troncs de bambou).
À la fin de la célébration, l’enthousiasme est général. Le chef du village, Sévérin Djorogo, n’a pas caché sa fierté : « On a préféré faire la fête que de faire le deuil ! (…) Le pari est gagné dans le sens que le village vit dans la cohésion, dans l’unité. » Qui a réitéré le souhait de voir tous les fils et filles d’Anono effectuer un retour aux sources pour penser véritablement le développement local.
- Romaric Junior Doudjon Biékoua, adjoint au chef de la catégorie des Bléssoué Dongba, a abondé dans le même sens que le chef du village : « La fête fut belle surtout que la pluie a failli nous empêcher mais n’a pas pu. Dieu a fait grâce ! (…) La cohésion a été énorme, il y’a l’harmonie, nous sommes unis. » Il lance un message clair à ses camarades qui ne résident pas dans le village : « J’appelle tous mes frères et sœurs de revenir aux sources pour que nous soyons un. La tradition ne se perd pas, elle nous rattrape. »
Il rappelle également que de plus de 600 qu’ils étaient à leur sortie officielle en septembre 2015, il ne reste que 205 hommes et 350 femmes. Du côté des fêtards, les sourires en disaient long. « Aujourd’hui ma fête était formidable », s’est exclamée Mme Irine Estella Djoman. M. Raphael Aguédé Akré, lui, voyait plus loin : « 10 ans ça se fête car il n’est pas donné à tout le monde d’être en vie. C’est une grâce divine. »
Alors que les derniers échos de la fête se prolongeaient dans les habitations, un horizon radieux se dessine déjà. Après cette belle réussite, tous les regards et tous les cœurs se tournent désormais en 2026 pour l’anniversaire d’autres classes d’âge.
Une chose est sûre : à Anono, la tradition n’est pas un vestige du passé, mais un ciment joyeux, qui unit les classes d’âge et construit l’avenir.
MÉITÉ Aboubakar