DEUIL A TREICHVILLE / UN EX-AGENT DE LA MAIRIE INHUME SAMEDI
Ce samedi, ce n’était plus à Jérusalem, mais au cœur de la paroisse Sainte Jeanne d’Arc de Treichville, que résonnaient les lamentations. Une foule en deuil, le visage creusé par la douleur, les yeux ruisselants de larmes, s’est pressée pour un dernier adieu à l’une de ses filles les plus attachantes, emportant avec
Abidjan, 2 Février 2026 – Ce samedi, ce n’était plus à Jérusalem, mais au cœur de la paroisse Sainte Jeanne d’Arc de Treichville, que résonnaient les lamentations. Une foule en deuil, le visage creusé par la douleur, les yeux ruisselants de larmes, s’est pressée pour un dernier adieu à l’une de ses filles les plus attachantes, emportant avec elle une part de la joie et de l’âme de la communauté. Le « Mur des lamentations » était bien là, palpable, dans chaque accolade éplorée, dans chaque sanglot étouffé.
La communauté pleurait Koffi Amoin Antoinette, affectueusement surnommée « Antou » et plus familièrement « Tu as les foutaises ». Revenue des États-Unis il y a quelques jours seulement, elle s’est éteinte le 14 janvier des suites d’une longue maladie, laissant un vide immense chez les siens et tous ceux qui l’ont connue.
Née le 3 janvier 1960 à Treichville de Yao Koffi et Gnamien Affoué, Antoinette avait scellé son alliance avec Dieu en se faisant baptiser dans cette même église le 2 janvier 1988. Fidèle parmi les fidèles, elle était membre active de la Communauté Écclesiale de Base (CEB) Saint-Faustin depuis sa création en 1992 et avait rejoint la Chorale Sainte-Cécile il y a trois ans, apportant sa voix aux louanges divines. Dans la vie professionnelle, elle avait servi avec dévouement la Mairie de Treichville en tant que comptable, jusqu’à sa retraite survenue en 2020.
La tristesse était si profonde qu’elle a rassemblé au-delà du cercle familial. Le ministre et maire de Treichville, Albert François Michia, présent à la veillée funèbre, s’était fait représenter lors de la messe par la maire adjointe, Mme Hobbah Karène Nelly. L’église aux trois quarts pleine accueillait aussi d’anciens collaborateurs, des collègues encore en fonction, des amis de toujours et des connaissances, tous unis dans le même chagrin. La Directrice Socio-culturelle Kouassi Pauline, le Régisseur des Taxes Séraphin Ernest Kouassi, et bien d’autres figures de la mairie étaient présentes. Le clergé, représenté au plus haut niveau, était mené par le Père Curé Eugène Ahouondji, entouré de ses vicaires Thomas Ezekem et André Camus.
Après la levée du corps sur le parvis, la dépouille d’Antou a été accueillie dans la maison de Dieu qu’elle a tant aimée. Pour apporter une lumière dans cette heure de ténèbres, le vicaire Thomas Ezekem a choisi de s’appuyer sur l’Évangile de Matthieu (ch.25, v.31-46) traitant du Jugement dernier. Dans une homélie réconfortante et profonde, il a célébré « la foi, l’amour de Dieu et l’espérance qui ne trompe pas » d’Antoinette.
« Pour le croyant, il n’y a plus la mort qui a été détruite par le Christ », a-t-il rappelé, insistant sur l’idée que la vie terrestre d’Antou n’était qu’un pèlerinage vers la vie éternelle. Il a souligné l’inséparabilité de la foi et des œuvres : « La foi et les œuvres de la foi sont inséparables. […] Chaque croyant porte un fruit. Ces fruits sont les œuvres de l’Esprit Saint et portés au niveau de la famille, au niveau de l’église et au niveau de la société. C’est ce que notre sœur, notre maman Antoinette a fait durant sa vie terrestre ».
Il a salué son engagement dans sa famille, dans l’Église au sein de la CEB, et sa participation à la chorale, « pour aider les fidèles chrétiens à célébrer dignement vers Dieu ». Après avoir confié son âme à la miséricorde divine, il a invité l’assemblée à méditer sur son propre pèlerinage.
Puis vint le moment déchirant de la séparation définitive. Après l’absoute donnée par le Père Curé, un long cortège a accompagné Antou dans son dernier voyage vers le cimetière de Williamsville. Là, une ultime prière a été prononcée. Alors que son cercueil en bois doré était descendu dans la tombe, une scène d’une rare intensité a symbolisé l’adieu : le responsable en chef de la Chorale Sainte-Cécile, M. Kouao, a appelé à trois reprises « Antoinette ». Face au silence de la tombe, il a déclaré, la voix brisée par l’émotion, qu’elle ne faisait désormais plus partie des rangs de la chorale. Il a ensuite prié pour qu’elle intercède désormais depuis le ciel pour les 149 membres qui restent, avant d’effectuer un jet d’eau bénite.
Il était 10h50 lorsque l’assistance, le cœur lourd et les yeux embués, a quitté péniblement le cimetière.
Antoinette « Antou » Koffi Amoin s’en est allée, laissant dans la désolation ses deux fils, Wilfried et Charles, ses trois petits-enfants, et une communauté tout entière qui lui rend aujourd’hui cet hommage unanime : « Antou Tu as les foutaises, tu nous as vraiment mis les foutaises » de chagrin et de tristesse. Mais aussi, et surtout, tu nous laisses le souvenir lumineux d’une femme de foi, de service et d’amour. Repose en paix.
MÉITÉ Aboubakar