FINANCE PUBLIQUE/CREANCE DES FOURNISSEURS DE L’ETAT DE COTE D’IVOIRE : UN DIALOGUE DE SOURD ENTRE LE SYNAFECI ET LA TUTELLE
Une réunion houleuse au Ministère des Finances révèle des blocages persistants et des créances anciennes, dont celles d’écoles confessionnelles et d’une octogénaire.
Une réunion houleuse au Ministère des Finances révèle des blocages persistants et des créances anciennes, dont celles d’écoles confessionnelles et d’une octogénaire.
Abidjan, 8 janvier 2026 – Une délégation du Syndicat National des Fournisseurs de l’État et des Collectivités de Côte d’Ivoire (SYNAFECI) a été reçue, mardi 6 janvier dernier, par des représentants du Ministère des Finances et du Budget. Cette audience, sollicitée par le SYNAFECI a mis en lumière des divergences profondes sur le traitement des créances des fournisseurs de l’État, évaluées à plusieurs milliards de FCFA.
La délégation du SYNAFECI, conduite par son président, Gré Faustin, et comprenant des représentants d’écoles méthodistes, a échangé avec une équipe du Trésor Public dirigée par M. Degoba, Payeur Général des Services Généraux des Administrations Publiques.
Les discussions, parfois vives mais toujours cadrées, ont porté sur quatre points principaux :
- Le détail et le paiement des créances des fournisseurs, dont un montant global de 39,048 milliards FCFA. Ce montant inclut notamment 34,645 milliards FCFA de subventions dues aux écoles confessionnelles et laïques (méthodistes et catholiques) pour la période 2009-2012. Ainsi que des dettes de plusieurs milliards FCFA liées à la liquidation de la SOGEPIE, à la Société Nationale de Développement Informatique (SNDI), au Programme Présidentiel d’Urgence (PPU) et celles des collectivités locales comme les 1,099 milliards FCFA de la mairie de San Pedro.
- Le cas poignant d’une créancière âgée de 87 ans (« la Mémé »), à qui la mairie de Gagnoa devrait 55 millions FCFA. Bien qu’une subvention spéciale ait porté sa rente annuelle à 13 millions FCFA depuis 2025, le SYNAFECI réclame un règlement définitif pour lui permettre de se soigner et de vivre décemment.
- La question du reversement d’une partie de la Taxe Spéciale d’Équipement (TSE) au SYNAFECI.
- La mise à disposition d’un espace dans le bâtiment abritant le siège de la CGECI, construit par la DGI avec des fonds issus de toutes les entreprises.
D’entrée de jeu, le représentant du ministre a fait lire un rapport interne daté du 12 juillet 2025 concernant les factures soumises au gouvernement. Ce document a été vivement contesté par la délégation du SYNAFECI, qui lui reproche d’« ignorer carrément la majorité des créances à payer ». Le syndicat s’est notamment insurgé contre l’omission des 34,6 milliards FCFA dus aux écoles, une enveloppe que le représentant du ministre a reconnu avoir été réglée par sa hiérarchie, mais dont « la destination reste jusqu’à ce jour inconnue des ayants droits ».
Les points 3 et 4, relatifs à la TSE et au local, n’ont pas trouvé de réponse, les représentants du Trésor Public les estimant hors de leur compétence. Cette limitation a frustré le SYNAFECI, qui dénonce une orientation de l’audience visant à « ignorer toutes les autres préoccupations ».
Au sortir de cette réunion qualifiée d’« inachevée » – une suite est prévue le 10 février 2026 –, le SYNAFECI tire un constat sévère. Le syndicat estime que « certains dirigeants et agents en majorité du Trésor Public (…) combattent farouchement le processus de concertation initié par le Chef de l’État ». Il les accuse de freiner la traçabilité, la transparence et la bonne gouvernance, et de mépriser « avec une haine viscérale » les fournisseurs de l’État, pourtant présentés comme des « partenaires naturels et essentiels ».
Face à ce blocage persistant, le SYNAFECI annonce une prochaine action d’envergure : une conférence de presse prévue le jeudi 12 février 2026. L’objectif est sans doute de porter le débat sur la place publique et d’exercer une pression accrue pour un déblocage global des créances, dans l’attente des prochaines discussions avec le gouvernement.
MÉITÉ Aboubakar