27/01/2026
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PRESIDENTIELLE EN COTE D’IVOIRE : JEAN-LOUIS BILLON JOUE SON VA-TOUT

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L’ancien ministre du Commerce et député souhaite incarner l’alternative à Tidjane Thiam, le président du PDCI, inéligible au scrutin d’octobre. Déterminé, il répète qu’il maintiendra sa candidature, avec ou sans l’appui de sa formation politique.

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L’ancien ministre du Commerce et député souhaite incarner l’alternative à Tidjane Thiam, le président du PDCI, inéligible au scrutin d’octobre. Déterminé, il répète qu’il maintiendra sa candidature, avec ou sans l’appui de sa formation politique.

 

La formule avait fait grincer des dents à la direction du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) lorsqu’il l’avait lancée, fin mai, au cours d’une conférence de presse. Jean-Louis Billon la réitère aujourd’hui : « Je suis candidat à la présidentielle pour le parti. Si je l’emporte, ce sera l’un des membres du PDCI qui l’aura gagnée. » Déterminé, le député de Dabakala ne se fait pourtant aucune illusion. À quelques mois de l’élection présidentielle, qui aura lieu le 25 octobre, le principal parti d’opposition n’organisera ni nouveau congrès ni nouvelle convention pour désigner un autre candidat que Tidjane Thiam. « Le PDCI est uni derrière moi. Il n’y aura pas de plan B, il n’y aura pas de plan C », a toujours assuré ce dernier, élu triomphalement à la tête de la formation politique en décembre 2023 après le décès d’Henri Konan Bédié.

 

« Je suis confiant en partant en campagne »

 

Désigné pour briguer la magistrature suprême pour le compte du parti, auquel le pouvoir échappe depuis plus de vingt-cinq ans et qui avait boycotté l’élection de 2020, Tidjane Thiam a été écarté de la course, radié de la liste électorale le 22 avril par la justice du fait de son ex-binationalité francoivoirienne. Depuis Paris, où il réside depuis trois mois dans l’attente, dit-il, de garanties suffisantes pour regagner Abidjan, l’ancien patron de Prudential et de Crédit Suisse dénonce une « manipulation de la loi » et une « justice aux ordres ». Et maintient sa candidature.

 

« Ceux qui disent qu’il ne faut pas de plan B pour le PDCI sont totalement ridicules. C’est au-delà de l’inconcevable, c’est suicidaire. Que vous soyez un parti politique ou un homme d’affaires, vous devez toujours avoir un plan A, un plan B, un plan C », assène Jean-Louis Billon à Jeune Afrique, convaincu de pouvoir incarner une solution de remplacement. « Je suis confiant en partant en campagne, sinon je ne le ferais pas. Si le parti ne se range pas derrière moi, je continuerai malgré tout, même en dehors de ses structures. » Mais sans le soutien plein et entier de la grosse machine du PDCI, où il n’occupe plus de hautes fonctions dans l’organigramme – il avait refusé d’être reconduit au sein du nouveau secrétariat exécutif –, pourra-t-il aller jusqu’au bout ?

 

Parviendra-t-il à recueillir les parrainages nécessaires pour concourir, lui qui apparaît par ailleurs comme l’un des rares, voire le seul, à disposer des moyens suffisants pour financer sa campagne ? L’héritier de l’empire Sifca, géant agro-industriel et premier groupe privé ivoirien, n’en doute pas : « Ceux qui cheminent avec moi sont essentiellement des membres du parti issus des différentes régions où ils sont chargés de l’obtention des parrainages. Je n’ai pas d’inquiétude là-dessus. » Des soutiens qui seraient nombreux, mais qui restent pour l’heure très discrets. Trop ?

 

Le candidat de la « majorité silencieuse »

 

Le candidat de la « majorité silencieuse » Jean-Louis Billon assure pouvoir compter sur une « majorité silencieuse » constituée d’élus, de cadres et de militants déçus de la gestion actuelle du parti et de la décision de son président de se maintenir malgré la sanction judiciaire. « C’est sûr que ce serait mieux qu’elle se fasse entendre. Mais je sais qu’il y a beaucoup de tractations en ce moment, des groupes qui se mettent en place pour discuter, car le PDCI, au départ, est un parti de dialogue », révèle celui qui est toujours délégué départemental du Hambol, fief familial, dont il est député et dont il avait été élu président du Conseil régional avec l’appui du Rassemblement des républicains (RDR), en 2013.

 

Par ailleurs, Jean-Louis Billon compte sur Maurice Kakou Guikahué. Personnalité incontournable mais très discrète de l’ancien parti unique, ce dernier a démissionné mi-mai de son poste de conseiller politique de Tidjane Thiam, expliquant renoncer à « [s’] accommoder avec les méthodes actuelles de gouvernance ». Cette ancienne figure de l’ère Bédié, ancien secrétaire exécutif du parti, se serait bien vue succéder à l’ancien chef de l’État à la tête du parti. Peine perdue pour celui qui, au moment du vote, fin 2023, était alors toujours sous contrôle judiciaire depuis son arrestation à la suite du mot d’ordre de désobéissance civile que l’opposition avait lancé lors de la présidentielle de 2020 – Jean-Louis Billon n’avait, lui, pas présenté sa candidature, ne jouissant pas de dix années de bureau politique sans discontinuer comme l’exigent les textes.

 

Condition que ne remplissait pas non plus Thiam selon lui. « Depuis le début, le professeur Guikahué fait tout pour protéger le parti et ne pas heurter les différentes sensibilités. C’est tout à son honneur. Je trouve qu’il a eu beaucoup de retenue, il a minimisé beaucoup de propos totalement injustes, notamment tribalistes, à son encontre, tout cela dans le seul but de préserver l’unité du parti », insiste Billon. Un non-événement pour la direction du PDCI À la direction du PDCI, sa candidature est décrite comme un non-événement. « Nous avons un candidat, c’est M. Thiam. Nous sommes concentrés là-dessus. La candidature de Jean-Louis Billon ne nous préoccupe pas, ce qui nous préoccupe, c’est que l’élection soit transparente et inclusive », affirme le porte-parole, Soumaïla Bredoumy, qui accuse par ailleurs le dissident de faire le jeu de la majorité présidentielle.

 

Une accusation dont Jean-Louis Billon, qui fut ministre du Commerce d’Alassane Ouattara, de 2012 à 2017, avant d’intégrer la direction du PDCI comme responsable de la prospective et porte-parole adjoint, se défend : « C’est un peu facile pour eux de dire cela. Ils savent très bien qu’aussi bien Valérie [Yapo, à l’origine d’une plainte en destitution contre Tidjane Thiam], le professeur Maurice Kakou Guikahué et moi-même avons montré depuis longtemps notre opposition à Alassane Ouattara. Nous avons toujours été en première ligne tandis que les autres se cachaient. Pourquoi aujourd’hui, à quelques mois de l’élection, serions-nous manipulés par le pouvoir en place ? Ce sont vraiment des balivernes ! »

 

Dans ces conditions, pas question pour lui de claquer la porte du groupe parlementaire PDCI au risque de diviser un peu plus un parti déjà fragilisé. Cependant, il ne fait pas mystère de difficultés au sein de ce groupe, et en particulier avec son président, Simon Doho, très proche de Tidjane Thiam. « Nous demandons simplement une gouvernance différente. Mais je tiens à préciser que cette situation est très antérieure à l’arrivée de Thiam. La gestion de Monsieur Doho n’a jamais été appréciée », explique le député. Le 12 juin, quelques militants du parti se sont réunis devant le siège du PDCI avec l’intention d’exiger le fameux « plan B ».

 

Dès le lendemain matin, Le Nouveau Réveil, journal pro-PDCI, titrait « la forfaiture de trop des pro-Billon ». Réaction de celui-ci : « Ce sont les derniers soubresauts d’une équipe illégitime qui s’accroche. » Quelques jours plus tard, plusieurs milliers de militants défilaient pacifiquement dans les rues d’Abidjan pour réclamer la réinscription sur la liste électorale de Tidjane Thiam. Une démonstration de force doublée d’une certitude : le plan A sera le seul.

 

Florence Richard

Journaliste à Jeune Afrique

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