13/03/2026
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Zoro Marc (Ancien international ivoirien de football) : « Des footballeurs locaux obligés de jouer aux paris sportifs pour arrondir leur fin de mois »

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Lors des Matinales de la LONACI, tenues ce 16 mai à l’hôtel Novotel de Marcory, dans le cadre du B2B Digital Day, la précarité financière des footballeurs locaux était aussi au menu. Et avec elle, la plongée discrète mais massive de certains joueurs dans les paris sportifs pour, disent-ils, finir le mois.

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Lors des Matinales de la LONACI, tenues ce 16 mai à l’hôtel Novotel de Marcory, dans le cadre du B2B Digital Day, la précarité financière des footballeurs locaux était aussi au menu. Et avec elle, la plongée discrète mais massive de certains joueurs dans les paris sportifs pour, disent-ils, finir le mois. Le pari devient parfois plus sûr que le match lui-même. Zoro Marc, ancien international ivoirien, président de l’Union des footballeurs professionnels de Côte d’Ivoire (UFPCI), fustigé cette précarité silencieuse.

 

La FIF a fait une erreur en plafonnant les salaires des joueurs à 120.000F

 

« Dans les championnats locaux, il y a des jeunes qui ont du mal à percevoir leur salaire. Souvent, on ne les paye pas. Donc, ils sont plongés dans le pari sportif. Ils se disent qu’à travers ça, ils peuvent avoir quelque chose pour finir le mois ou bien la semaine », affirme-t-il, sans détour. Le phénomène est connu dans les coulisses du football ivoirien, mais rarement assumé sur la place publique. Les paris sportifs sont une échappatoire pour certains footballeurs professionnels mal rémunérés ou pas rémunérés du tout. Des joueurs de première division, parfois titulaires dans leurs clubs, misent sur les compétitions internationales ou nationales pour, littéralement, assurer la popote.

Ce n’est pas de la triche, pas encore de la corruption. C’est de la survie à bas bruit. Et dans ce système bancal, Zoro Marc tire à boulets rouges sur la Fédération ivoirienne de football (FIF) pour cette décision de mai 2022 sur le plafonnement du salaire minimum d’un joueur local à 120 000 FCFA. « La FIF a fait une erreur en plafonnant le salaire d’un footballeur local à 120.000 FCFA. C’est l’une des causes de l’addiction de certains footballeurs au pari sportif », accuse-t-il. Pour rappel, 120 000 FCFA par mois, c’est moins de 4 000 FCFA par jour. Et pour un footballeur, c’est aussi des soins médicaux à payer, un loyer à couvrir, une famille à aider.

 

Une caravane de sensibilisation dès le 18 juin

 

Contrairement à l’Europe où les règles de régulation du jeu sont strictes et les sanctions immédiates, aucune loi n’interdit aux footballeurs ivoiriens de parier. Pas même un code éthique interne. « Dans le milieu local, les paris sportifs par les joueurs ne sont pas interdits. Parce qu’aujourd’hui, je suis président de l’UFPCI, je les côtoie, je sais », confie Zoro Marc. Il reconnaît pourtant que le phénomène est difficile à contrôler, tant les joueurs sont éparpillés et libres de leurs mouvements. « On n’arrive pas à les canaliser. Les joueurs, c’est des gens qui ont une autre mentalité. On ne peut pas les contrôler. On ne peut pas leur dire qu’ils ne peuvent pas faire certaines choses. Chacun est dans son cocon », regrette le président de l’UFPCI.

 

Face à ce constat, l’UFPCI prend les rênes. L’organisation prévoit de lancer une caravane de sensibilisation dans 10 villes du pays, dès le 18 juin prochain. Le but est de parler du phénomène, expliquer les risques du jeu excessif, mais aussi poser la question des droits fondamentaux des joueurs. Du côté institutionnel, les lignes commencent à bouger, timidement. L’UFPCI est actuellement en discussion avec la Ligue professionnelle pour « éradiquer cette loi » sur le plafonnement salarial. Car s’il y a une urgence, c’est bien celle de redonner au football local son statut de métier digne, pas de débrouillardise déguisée.

Gabrielle Kouakou

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