27/01/2026
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COTE D’IVOIRE : GBAGBO LANCE UN ULTIMATUM A OUATTARA

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La place Ficgayo de Yopougon a vibré samedi 16 août 2025 au rythme de la tournée « Côcôcô » de Laurent Gbagbo. Devant une mer de partisans du PPA-CI, du PDCI-RDA et d’autres mouvements d’opposition, l’ancien président a condamné les dérives xénophobes de ses soutiens et déclaré une guerre ouverte au

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Abidjan, 18 août 2025 – La place Ficgayo de Yopougon a vibré samedi 16 août 2025 au rythme de la tournée « Côcôcô » de Laurent Gbagbo. Devant une mer de partisans du PPA-CI, du PDCI-RDA et d’autres mouvements d’opposition, l’ancien président a condamné les dérives xénophobes de ses soutiens et déclaré une guerre ouverte au projet de quatrième mandat d’Alassane Ouattara. Un discours-fleuve de deux heures, où sarcasme, références historiques et promesses sociales ont rythmé sa dénonciation d’un pouvoir « dépendant de l’Élysée ».

 

La mobilisation, préparée fiévreusement depuis des jours, a rassemblé plusieurs milliers de personnes sous haute sécurité. En toile de fond, une alliance inédite : aux côtés de Gbagbo figuraient Pascal Affi N’Guessan (FPI), Noël Akossi Bendjo (PDCI-RDA), ainsi que des représentants du Parti du Peuple Sénoufo (GPS). Une unité symbolique, alors que l’opposition tente de surmonter ses divisions face au RHDP.

 

D’entrée, Gbagbo a surpris en fustigeant les chants xénophobes de militants ciblant les Burkinabés (« le petit mossi »), entendus lors du meeting-monstre du samedi dernier : « Je n’ai pas apprécié […]. Ne le répétez plus ».  Un rappel à l’ordre salué par le public qui a crié « on a compris ». Le discours a viré à l’offensive lorsque Gbagbo a évoqué la candidature d’Ouattara. S’appuyant sur l’article 55 de la Constitution limitant à deux le nombre de mandats, il a taclé : « Pourquoi quelqu’un croit qu’il peut faire 4 mandats ? Je refuse, je refuse, je refuse ! […] Le 3ème mandat est illégal, alors un 4ème ? »

 

Il a raillé la « réflexion » du président à l’Élysée, y voyant un symbole de néocolonialisme : « Il prend l’avion pour la France […]. C’est à l’Élysée qu’il prend ses décisions pour la Côte d’Ivoire ? Je n’accepte pas ça ! » Une allusion directe au soutien français à Ouattara lors de la crise de 2011, encore vive dans les mémoires.  Gbagbo a appelé à une mobilisation permanente, promettant des contre-manifestations à chaque marche pro-Ouattara : « S’ils marchent à Abobo, nous marcherons à Yopougon. Abidjan est assez grand ! »

 

Il a aussi dénoncé l’exclusion « ciblée » des candidats d’opposition. Tidjane Thiam (PDCI), radié pour « perte de nationalité ivoirienne » malgré sa renonciation à la citoyenneté française. Lui-même, empêché de se présenter malgré une amnistie censée effacer les faits liés à la crise post-électorale. « Pourquoi mes amis sont amnistiés, mais pas moi ? », a-t-il lancé, qualifiant sa condamnation de « politique ».

 

Malgré l’unité affichée, les tensions subsistent. Pascal Affi N’Guessan, présent au meeting, incarne la fracture : candidat du FPI contre Gbagbo, il a pourtant rompu en 2023 son alliance avec le RHDP, dénonçant son « échec réconciliateur » . Une volte-face qui le rapproche temporairement de son rival, sans effacer leurs différends passés. À l’inverse, Simone Gbagbo (MGC) brigue aussi la présidence, fragmentant le camp anti-Ouattara. Autre ombre au tableau : l’absence de Charles Blé Goudé (COJEP), lui aussi exclu des listes.

 

Pour incarner une alternative, Gbagbo a esquissé des promesses comme celle de la création d’une banque dédiée aux femmes et jeunes pour financer l’entrepreneuriat; la reconstruction d’Adjamé Village et accès universel aux soins (AMU) et enfin, la lutte contre le chômage des jeunes, « laissés à errer sans avenir ». Une réponse aux critiques sur son bilan économique, mais aussi à la « digba dette » contractée sous Ouattara. Devant une foule en liesse, Gbagbo a résumé son combat : « Je suis candidat contre le 4ème mandat. Notre détermination est sans faille : il n’aura pas lieu ».

 

À trois mois du scrutin, Yopougon a sonné comme un avertissement au pouvoir. Mais l’opposition devra transformer l’émotion en stratégie cohérente pour contrer un Ouattara déterminé, soutenu par un appareil d’État rodé et des alliés internationaux. La Côte d’Ivoire s’achemine vers une élection haute en tensions, où la rue pourrait compter autant que les urnes. Dans la nuit suivant le meeting, les organisateurs ont renforcé la surveillance du podium, craignant des « sabotages ». Preuve que la bataille ne fait que commencer.

 

MÉITÉ Aboubacar

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