ÉCONOMIE BLEUE/LUTTE CONTRE LA PECHE ILLEGALE: L’OMC ET LES ÉTATS MEMBRES SIGNENT HISTORIQUE ACCORD
Cet accord, le premier de l’organisation à visée environnementale, vise à lutter contre la surpêche et à protéger les écosystèmes marins et les communautés qui en dépendent.
Cet accord, le premier de l’organisation à visée environnementale, vise à lutter contre la surpêche et à protéger les écosystèmes marins et les communautés qui en dépendent.
Abidjan, 17 septembre 2025 — C’est une lueur d’espoir pour la planète bleue. Ce 15 septembre marque une avancée majeure pour la protection des océans : l’Accord de l’OMC sur les subventions à la pêche est officiellement entré en vigueur. Après des années de négociations complexes, les membres de l’Organisation mondiale du commerce ont franchi une étape décisive en activant un traité destiné à réduire les milliards de dollars d’aides publiques qui alimentent la pêche excessive et illégale, menaçant la biodiversité marine.
La directrice générale de l’OMC, Ngozi Okonjo-Iweala, a salué un « événement historique » pour le commerce mondial. « Cet accord montre que le commerce peut bénéficier à la fois aux populations et à la planète », a-t-elle déclaré, soulignant l’engagement des membres à « protéger les revenus et les moyens de subsistance des communautés de pêcheurs du monde entier ».
Pour la première fois, un accord de l’OMC place la protection de l’environnement au cœur de son dispositif. Il interdit explicitement aux gouvernements de subventionner trois types d’activités destructrices : la pêche illégale, non déclarée et non réglementée (INN) ; la pêche visant des stocks de poissons déjà surexploités ; et la pêche en haute mer non régulée.
L’entrée en vigueur de cet accord, adopté en juin 2022, est intervenue lors d’une cérémonie où le Brésil, le Kenya, le Vietnam et les Tonga ont remis leurs documents officiels d’acceptation. Ce geste a permis de franchir le seuil minimal de ratifications requis. La Directrice générale a officiellement signé le document confirmant l’entrée en vigueur et l’a remis à l’Ambassadeur Saqer Abdullah Almoqbel d’Arabie saoudite, président du Conseil général, intégrant ainsi l’accord dans le droit de l’OMC.
« Cet accord arrive à un moment difficile pour le commerce international, mais il prouve que les pays peuvent collaborer pour résoudre les problèmes mondiaux », a insisté Mme Okonjo-Iweala. Un sentiment partagé par l’Ambassadeur Almoqbel, qui y a vu la preuve d’une « vision commune pour une pêche mondiale durable », fruit d’un « travail acharné et d’une volonté politique forte ».
L’urgence d’une telle mesure n’est plus à démontrer. En 2021, plus d’un tiers des stocks de poissons dans le monde étaient victimes de surpêche, un chiffre qui n’était que de 10% en 1974. Chaque année, les subventions à la pêche représentent environ 35 milliards de dollars à l’échelle mondiale, et une part significative de cette manne finance des pratiques qui accélèrent l’effondrement des populations de poissons.
Les membres de l’OMC se sont engagés à commencer à appliquer l’accord, crucial pour reconstituer les réserves halieutiques, protéger les emplois et améliorer la sécurité alimentaire. Pour aider les pays en développement dans cette transition, un Fonds dédié a été créé. Déjà alimenté par plusieurs engagements financiers, il vient de lancer son premier appel à projets pour aider les pays éligibles à se conformer aux nouvelles règles.
Un comité spécial sera également établi pour surveiller la mise en œuvre de l’accord, favoriser le dialogue et améliorer la transparence des pratiques de pêche à travers le globe.
La Directrice générale a encouragé tous les pays n’ayant pas encore ratifié le texte à le faire « au plus vite », visant une adhésion universelle d’ici la prochaine conférence ministérielle de l’OMC en 2026. Un appel soutenu par de nombreux pays, prêts à aider techniquement et financièrement ceux qui en ont besoin.
Cet accord représente donc bien plus qu’un texte juridique : c’est un engagement collectif sans précédent pour préserver l’avenir de nos océans et de celles et ceux qui en vivent.
MÉITÉ Aboubakar