23/07/2026
Accueil » Articles » CÔTE D’IVOIRE : L’AFRIQUE VEUT TRANSFORMER SES RICHESSES MINIÈRES ET BRISER LES CHAÎNES DE LA DÉPENDANCE

CÔTE D’IVOIRE : L’AFRIQUE VEUT TRANSFORMER SES RICHESSES MINIÈRES ET BRISER LES CHAÎNES DE LA DÉPENDANCE

0
mineraux critiques

Le rideau s’est levé à Abidjan sur un événement ministériel crucial : le Forum sur les minéraux essentiels, leur transformation et la création de valeur. Lors de son inauguration, Sidi Ould Tah, le président de la Banque africaine de développement (BAD), a pointé du doigt de vives contradictions qui freinent le continent, tout en esquissant une nouvelle feuille de route financière pour libérer l’Afrique de son asservissement aux matières premières.

 

Abidjan, 13 juillet 2026 – Ce vendredi, dans le cadre prestigieux du Radisson Blu, M. Ould Tah a donné le coup d’envoi de cette rencontre d’envergure. Elle rassemble des figures gouvernementales africaines, des partenaires au développement et des investisseurs, tous unis par une ambition : faire des trésors miniers du continent un véritable moteur de développement économique.

 

Dans son allocution d’ouverture, le chef de la BAD a fermement insisté sur l’urgence pour les nations africaines de réinventer leur manière d’exploiter leurs ressources naturelles. « L’objectif de ce sommet est de provoquer un virage radical pour que l’Afrique puisse mieux administrer ses richesses et en récolter tous les fruits pour ses citoyens », a-t-il déclaré, appelant à une nouvelle forme de coopération qui privilégie la transformation des produits sur place, plutôt que leur simple exportation brute.

 

Pour étayer son propos, le président de la BAD a détaillé quatre paradoxes majeurs qui bloquent l’essor de l’Afrique. La première est frappante : bien que le continent abrite plus de 30 % des réserves minières mondiales et plus de 60 % des terres cultivables non exploitées, sa contribution à l’économie mondiale stagne désespérément autour de 3 %.

 

Le deuxième paradoxe est d’ordre financier. L’Afrique a un besoin colossal de capitaux chaque année, estimé à 400 milliards de dollars, alors même que plus de 4 000 milliards de dollars d’épargne africaine restent inexploités, dormant dans les coffres des banques centrales, des fonds souverains, des assureurs et des fonds de pension.

 

La troisième contradiction est que, malgré des potentialités immenses dans l’énergie, les infrastructures, l’agriculture et les minéraux essentiels, l’Afrique n’attire qu’une maigre part de 6 % des investissements directs étrangers mondiaux. Enfin, le manque de cohésion économique interne du continent a été sévèrement critiqué. Bien que l’Afrique compte 1,4 milliard d’habitants (et en comptera 2,5 milliards d’ici 2050), les échanges commerciaux entre pays africains ne dépassent pas 16 %, un chiffre bien pâle comparé aux 60 % en Asie et 70 % en Europe.

 

Face à ces défis colossaux, Sidi Ould Tah a dévoilé la Nouvelle Architecture Financière Africaine pour le Développement (NAFAD), inaugurée à Abidjan le 9 avril dernier. Cette stratégie ambitieuse s’articule autour de quatre piliers : une plateforme panafricaine de garantie pour sécuriser les investissements, la mobilisation des immenses capitaux africains provenant des fonds de pension et des investisseurs institutionnels, un mécanisme robuste pour rendre les projets financièrement viables, et l’établissement de partenariats solides avec les États membres et les marchés internationaux. Le président de la BAD a solennellement promis que son institution mettrait à disposition toute son expertise et sa puissance financière pour ériger des chaînes de valeur régionales, permettant ainsi de transformer les ressources minières sur le sol africain.

 

S’exprimant au nom du gouvernement ivoirien, Mamadou Sangafowa-Coulibaly, ministre des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, a chaleureusement accueilli l’initiative. Il a souligné avec force que les minéraux essentiels représentent désormais un enjeu vital pour l’avenir économique de l’Afrique. Pour lui, le continent doit impérativement saisir cette opportunité pour accélérer son industrialisation, créer des emplois durables et consolider sa souveraineté économique.

 

Sangafowa-Coulibaly a mis en lumière les immenses richesses minières potentielles de la Côte d’Ivoire. Il indique qu’environ 35 % du territoire repose sur des formations géologiques gorgées d’or, et près des trois quarts du pays sont suspectés d’abriter d’importantes réserves de minéraux critiques. Il a rappelé que la transformation de ces ressources est une pierre angulaire de la vision du Président Alassane Ouattara, qui vise à propulser le pays au statut de nation à revenu intermédiaire de la tranche supérieure d’ici 2030. Pour concrétiser cette ambition, le gouvernement a déjà élaboré une feuille de route intégrée pour les ressources minérales et l’énergie (2026-2040), prévoyant un investissement colossal de 38 000 milliards de francs CFA, dont une écrasante majorité (88 %) devrait être portée par le secteur privé.

 

Le ministre a également exhorté à une collaboration régionale accrue, convaincu qu’aucun pays africain ne peut affronter seul les enjeux complexes liés aux minéraux critiques. Il a adressé un appel vibrant aux investisseurs et partenaires internationaux : « L’Afrique est prête à transformer les minéraux essentiels en un puissant moteur de développement économique et industriel. » Il a invité les participants à faire résonner depuis Abidjan un message clair et fort à l’échelle planétaire, témoignant de la ferme intention du continent de valoriser pleinement ses trésors naturels.

 

Le forum se poursuit avec une série de tables rondes et de sessions techniques, toutes destinées à transformer ces nobles ambitions en actions concrètes, s’inscrivant ainsi dans la continuité des importantes discussions entamées lors du SIREXE 2024.

 

MÉITÉ Aboubakar

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *