CÔTE D’IVOIRE/PND 2026-2030 : AHOUA DON MELLO TIRE LA SONNETTE D’ALARME SUR UNE « SOUVERAINETÉ EN DANGER »
Alors qu’Abidjan célèbre un raz-de-marée de promesses financières (47 820 milliards FCFA), Ahoua Don Mello dénonce un système qui risque d’appauvrir les locaux au profit des multinationales.
Pourtant, au milieu de cet enthousiasme général, une voix s’est fait entendre pour tempérer l’optimisme. Il s’agit du Dr. Ing. Ahoua Don Mello, ancien membre du PPA-CI, qui, dans un document que nous avons pu consulter, avertit des dangers potentiels d’un tel « succès ». Selon lui, cette réussite apparente pourrait, à long terme, compromettre la souveraineté économique de la nation. Analysons ses propos.
Cette reconnaissance internationale n’est pas le fruit du hasard. Quelques jours seulement avant la conférence, le 24 juin 2026, le FMI et la Banque mondiale ont offert à la Côte d’Ivoire un avantage considérable. Ils ont reclassé son risque de surendettement comme « faible », une première notable pour un pays d’Afrique subsaharienne.
« Ce gage de confiance a réellement stimulé l’engagement des partenaires », admet l’auteur. Mais derrière ce tableau flatteur, M. Don Mello exhorte à examiner les statistiques avec plus de discernement. L’historique des financements pour les PND depuis 2012 montre une confiance croissante des bailleurs. Cependant, il révèle aussi une augmentation fulgurante des besoins, ce qui soulève des questions sur la capacité du pays à gérer et utiliser efficacement ces fonds :
* PND 2012-2015 : Un franc succès, avec 4 300 milliards FCFA mobilisés (plus de deux fois l’objectif) et 118,3% de réalisation.
* PND 2016-2020 : 7 700 milliards promis. Mais un premier signal d’alarme retentit : seulement 38% des engagements sont tenus la première année.
* PND 2021-2025 : 15 706 milliards annoncés, mais le taux de réalisation n’atteint que 53,7% au final.
* PND 2026-2030 : Un record battu avec 47 820 milliards FCFA levés (plus de quatre fois l’objectif), portant le coût total du plan à 114 838,5 milliards FCFA, soit dix fois celui de 2012 !
Pour l’ingénieur, « il est extrêmement risqué d’accumuler les promesses de financement sans être en mesure de les concrétiser sur le terrain. »
Ahoua Don Mello pointe du doigt deux problèmes cruciaux : l’endettement et la lutte contre la pauvreté.
Concernant la dette. Bien que le FMI ait rassuré, l’expert signale qu’à la fin de 2025, la dette publique avoisinait déjà 57,1% du PIB, se rapprochant dangereusement du seuil de 70% fixé par l’UEMOA-CEDEAO. Le gouvernement entend chercher près de 27 000 milliards sur les marchés. Or, si l’on additionne les montants annoncés lors de la réunion (47 820 milliards), cela représente près de 77% du PIB prévu pour 2026. Il met en garde : « Une gestion rigoureuse des fonds est indispensable pour éviter une réaction en chaîne. »
Quant à la pauvreté, c’est ici que réside la contradiction la plus flagrante. En pourcentage, la pauvreté a diminué, passant de 55% en 2011 à 37,5% en 2025. Cependant, en chiffres réels, le nombre d’individus pauvres n’a quasiment pas bougé, restant autour de 10 millions. La croissance économique ne semble pas bénéficier pleinement aux plus démunis : une augmentation de 1% du PIB ne réduit la pauvreté que de 0,6%. L’auteur en conclut : « Cela met en lumière une productivité insuffisante de la main-d’œuvre. »
Dans sa déclaration, l’ancien membre du PPA-CI est direct et dresse un bilan sévère en quatre points :
- Une sorte de « vente aux enchères ». Il critique une approche qui mise tout sur l’enthousiasme des bailleurs, au détriment des entreprises et de l’économie locales. « Malgré les discours encourageants du gouvernement, ce sont les grandes entreprises étrangères qui en profitent le plus, tandis que les acteurs locaux comme la CGECI, la FIPME ou la CPI-PME restent sur leur faim. »
- Un fossé persistant. L’écart entre les engagements et leur réalisation (comme les 38% pour le PND 2016-2020) est un problème profondément ancré.
- Une dépendance excessive. 70,2% du financement du nouveau PND est censé provenir du secteur privé, majoritairement international, mais les promesses concrètes restent floues.
- Un risque de « surchauffe ». La quantité massive de fonds promis pourrait déséquilibrer les finances publiques.
Face à cette analyse préoccupante, Ahoua Don Mello avance deux pistes concrètes. En premier lieu, impliquer les acteurs locaux. Il propose de réserver la première journée de la réunion aux acteurs nationaux (fonds souverain, banques, assureurs, organisations patronales). « Ce sont les opérateurs locaux qui doivent être le moteur du financement pour sauvegarder la souveraineté de la Côte d’Ivoire », affirme-t-il.
Ensuite, prioriser l’humain qui consiste à donner la priorité aux projets à fort impact social. Il s’agit selon lui de concentrer les ressources sur l’éducation, la santé, l’agriculture modernisée, l’industrie et le numérique, afin de viser le plein emploi.
Il est indéniable que la Côte d’Ivoire a su charmer les investisseurs internationaux. Mais, comme le résume avec amertume M. Don Mello : « Cette « vente aux enchères » a été un succès, mais elle risque de nuire aux acteurs locaux au profit des internationaux, ce qui aggraverait la pauvreté et le chômage des jeunes, et mettrait en péril la souveraineté du pays. »
Le gouvernement, quant à lui, devra démontrer que ces sommes colossales ne serviront pas uniquement à alourdir la dette, mais qu’elles alimenteront concrètement l’économie réelle et amélioreront le quotidien des 10 millions d’Ivoiriens qui aspirent toujours aux fruits de cette croissance.
MÉITÉ Aboubakar