23/07/2026
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CÔTE D’IVOIRE/HISTOIRE DE L’ENFERMEMENT COLONIAL : LE JEUNE CHERCHEUR CLAVER EHOUMAN DÉCROCHE LA MENTION « TRÈS HONORABLE » À BINGERVILLE

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Devant un jury d’exception, le doctorant a soutenu avec brio une thèse passionnante sur les prisons et les politiques répressives en Côte d’Ivoire entre 1902 et 1952, avant de recevoir les félicitations du monde académique.

 

Abidjan, 15 juillet 2026 – L’amphithéâtre principal de l’École doctorale Société Communication Arts Lettres et Langues (ED-SACALL), situé à Bingerville, a été le théâtre, ce mercredi 15 juillet, d’une soutenance de thèse qui restera dans les annales. M. Attoukora Vivien Claver Ehouman a présenté ses travaux devant un jury prestigieux, planchant sur un sujet aussi original que complexe : « Ordre colonial et politiques répressives : Histoire de l’enfermement en Côte d’Ivoire (1902-1952) ».

 

La composition du jury témoignait de l’importance de cette soutenance. Autour de la table siégeaient des sommités de l’historiographie ouest-africaine. Comme Président on avait M. KONIN Séverin, Professeur Titulaire à l’Université Félix Houphouët-Boigny, Directeur de thèse M. CISSÉ Chikouna, Maître de Conférences, deux Rapporteurs M. BAKAYOKO Ismaïla, Professeur Titulaire, et M. GUEDEGBE Samson Igor Bidossessi, Maître de Conférences à l’Université d’Abomey-Calavi (Bénin), présent en visioconférence enfin, Examinateur M. BANGA Louis Philippe Arthur, Maître de Conférences.

 

Après les formalités d’usage, la parole fut donnée au jeune chercheur, qui a tenu à remercier chaleureusement ses maîtres pour leur rigueur scientifique et leur accompagnement paternel avant de plonger dans le vif du sujet.

Dans une présentation captivante, Claver Ehouman a déroulé la trame de sa recherche, qui explore un pan méconnu de l’histoire ivoirienne : l’émergence et l’évolution du système carcéral sous la domination française.

 

Comme il l’a expliqué, l’étude de la prison est longtemps restée un angle mort de la recherche historique, en raison du caractère clos de l’institution et de la rareté des travaux scientifiques sur la période coloniale. Partant d’un constat sur les premières formes d’enfermement héritées de la traite négrière, le chercheur a tenté de répondre à une question centrale : Comment l’enfermement est-il parvenu à s’imposer comme un dispositif stratégique du contrôle social en Côte d’Ivoire ?

 

Pour y répondre, le doctorant a bâti une méthodologie rigoureuse, puisant dans des fonds d’archives nationaux exceptionnels (séries FF sur la police, MM sur la justice indigène, SS sur le travail, EE sur la politique indigène), tout en mobilisant un arsenal théorique impressionnant. Il a convoqué les théories postcoloniales d’Achille Mbembe et Frantz Fanon, la pensée marxiste pour l’analyse des classes sociales, mais aussi les travaux de Michel Foucault sur les institutions disciplinaires.

 

Le travail de M. Ehouman s’articule autour de trois grands résultats. En premier lieu, il a voulu théoriser la violence d’État et la logique spatiale. Le chercheur a démontré que l’enfermement était bien plus qu’un outil punitif ; il servait à la réappropriation de l’espace colonial, à la redistribution des territoires et au renforcement des inégalités. La prison est devenue un rouage essentiel de la conquête et de l’autorité administrative. Ensuite, il a évalué la vie intérieure des prisons. En dressant l’état des lieux infrastructurel et juridique des prisons coloniales, l’étude révèle une réalité marquée par l’arbitraire, la promiscuité, les difficultés d’approvisionnement et les traitements inhumains. Paradoxalement, l’enfermement a aussi servi à maintenir une main-d’œuvre corvéable pour la mise en valeur de la colonie. Enfin, son travail a interrogé l’identité pénale. L’aspect le plus novateur de la thèse réside dans l’analyse de la rencontre entre deux cultures juridiques. Le doctorant montre comment les populations locales ont résisté à travers les évasions, les suicides et la folie, mais aussi comment une « troisième voie » a émergé de la confrontation entre la justice indigène et la justice coloniale, ouvrant la porte à une réflexion humaniste sur l’abolition de la peine de mort à l’époque coloniale.

 

La soutenance, d’une durée de trois heures, a donné lieu à des échanges particulièrement denses. En salle, les discussions ont parfois été vives, mais toujours dépassionnées par la main de maître du président du jury, le Professeur Konin Séverin, qui n’a cessé d’user d’images et de rhétorique figurative pour recentrer les débats.

 

À l’issue des délibérations, le président du jury a proclamé l’admission, non sans adresser plusieurs recommandations au nouveau docteur : « Prendre en compte tout ce que le jury a dit, sérier vos affirmations, réduire la portée de votre test pour vous-même plus tard, et être très objectif. Allez droit au but. » Puis, dans un silence religieux, il a dévoilé la mention : Très honorable.

La sentence à peine tombée, une véritable explosion de joie a envahi l’amphithéâtre. Amis, parents et confrères doctorants se sont précipités pour féliciter et enlacer Claver Ehouman, consacrant ainsi plusieurs années de dur labeur.

 

Après sa prestation de serment, une photo de famille a immortalisé cet instant solennel, suivie d’un déjeuner offert à l’ensemble des participants. La cérémonie s’est achevée dans une ambiance chaleureuse, tandis que les soutenances se poursuivent à l’École doctorale de Bingerville, jusqu’au mois d’août prochain.

 

MÉITÉ Aboubakar

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