09/09/2026
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CÔTE D’IVOIRE/ANONO CÉLÈBRE UN DEMI-SIÈCLE DE TRADITION : LES RETROUVAILLES IMMÉMORABLES DES DOUGBO DONGBA

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Jean GABALA, dans ses oeuvres

Jean GABALA, dans ses oeuvres

Abidjan, 7 septembre 2026 – En ce début de septembre, le village d’Anono (Commune de Cocody) a été secoué au rythme d’une fête mémorable, célébrant un événement chargé d’histoire : les cinquante ans de la catégorie Dougbo Dongba. Cinquante ans exactement se sont écoulés depuis leur « sortie » initiatique en septembre 1976. Pour marquer ce demi-siècle, une magnifique cérémonie a été organisée ce samedi 5 septembre, réunissant tout le village. Le Chef Sévérin Nangui Djorogo était bien sûr présent, entouré des dignitaires locaux, des représentants de la chefferie, des leaders des diverses communautés et d’une foule d’invités Atchan venus des 62 villages de la région d’Abidjan.

Ce jour-là, l’émotion était palpable pour ce qui représentait la dernière prestation des Dougbo Dongba, un véritable passage de flambeau. Le guerrier, figure emblématique de la catégorie, est apparu vers 15h30. Malgré un ciel un peu gris et quelques gouttes de pluie, il portait fièrement sa coiffe ornée de petits miroirs brillants, et sa toge noire aux manches longues, rehaussée de bandes rouge vif et de quatre miroirs ronds. Dans sa main droite, une épée traditionnelle aux reflets argentés témoignait de son rôle.

Les femmes de la catégorie Dougbo Dongba

Le long du parcours de près de deux kilomètres, le guerrier, Gabala Jean, avançait avec difficulté, son pas ralenti par le poids des années et des bobos physiques. À chaque pause, il se courbait, aussitôt entouré de sa « garde rapprochée ». Puis, il se redressait pour saluer avec respect les photographies de ses compagnons de catégorie disparus, disposées sur des autels richement décorés le long du chemin. Les tambourineurs et percussionnistes accompagnaient la marche d’une musique entraînante, et dès que le guerrier esquissait une danse, la foule s’animait. Des hommes, soutenus par des femmes, criaient « Dougbo, Dougbo », et le public répondait en chœur « Wo, Wo », dans un élan de ferveur collective.

       

Après une heure et demie d’un parcours intense, il a offert sa dernière danse sacrée, un héritage ancestral qu’il avait eu la noble mission de préserver. Puis, il s’est retiré, marquant la fin d’une ère. Ensuite, arriva le guerrier en second, Aboussou Boniface, d’effectuer son tour de parade. Le flambeau de la tradition est désormais passé aux Tchagba, qui célébreront à leur tour leur cinquante ans dans une vingtaine d’années.

Maman Jeanne AMONAN (téléphone à l’oreille), tout feu et tout flamme

En arrière du guerrier, les femmes de la catégorie, elles aussi avancées en âge, suivaient le cortège. Vêtues de magnifiques tenues orange éclatantes, rehaussées de colliers et de parures d’or scintillantes, elles avançaient en esquissant des pas de danse, ondulant avec une grâce naturelle. Autour d’elles, enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants se pressaient pour immortaliser l’instant avec ces doyennes, qui réalisaient elles aussi leur dernière représentation sous la bannière Dougbo Dongba. Certaines, fatiguées, étaient transportées dans de petites voiturettes, tandis que d’autres s’appuyaient sur des cannes. Mais sur tous les visages, on lisait une joie profonde et une ferveur contagieuse.

Michel Agouassè DOUDJON, chef de la catégorie Dougbo Dongba d’Anono

À la fin de la cérémonie, Monsieur Michel Doudjon Agouassè, Chef de la catégorie Dougbo Dongba, a pris la parole, exprimant sa profonde gratitude : « Nous avons la chance d’être protégés par Dieu. Le 4 septembre 1976, nous vivions notre cérémonie initiatique, notre fête de génération. Cinquante ans plus tard, nous sommes là, célébrant ce cap important. » Il a souligné l’importance de la solidarité, « le véritable ciment de notre groupe. Nous avons su nous entraider et apprendre à nous connaître, une richesse inestimable, bien au-delà des leçons de l’école. » Il a évoqué l’unité profonde qui lie les membres, « non seulement au sein de notre village, mais aussi avec les Dougbo Dongba des douze villages de Bingerville. »

Maman Reine KOUTOUAN (à droite), Conseillère de la Pdte des femmes Dougbo Dongba

Monsieur Agouassè a lancé un appel à la sérénité et au pardon, invitant chacun à « retrouver l’harmonie des débuts » et à transmettre ce savoir aux jeunes dirigeants du village. Il a aussi révélé qu’avant cette fête, ils avaient pris le temps de « régler les différends » entre les membres, car « nous préférons oublier le passé pour avancer. » Il a conclu avec une pointe de mélancolie, notant la diminution des effectifs. « En 1976, nous étions environ 104 garçons et 150 à 200 filles. Aujourd’hui, il ne reste qu’une quarantaine d’hommes et une cinquantaine de femmes. La mort, cette grande faucheuse, est passée par là. », a-t-il déploré. Il a mentionné les noms de leurs chefs, Papa Nante Jean chef de la catégorie en 1976 et le guerrier principal François tous deux décédés, rappelant que Aboussou Dougbo Boniface est l’actuel guerrier second.

Maman Adrienne MOYA, membre de la catégorie Dougbo Dongba d’Anono

Madame Reine Koutouan, représentante des femmes Dougbo Dongba, a ensuite exprimé sa joie débordante, soulignant que ce cinquantenaire était une « bénédiction immense ». « Atteindre 50 ans, c’est une grande grâce pour nous, » a-t-elle déclaré, encourageant les nouvelles générations à suivre leur exemple de persévérance et d’unité. « Nous prions pour que la joie et la paix continuent de régner parmi nous. La solidarité a toujours été notre force, sans elle, nous n’aurions pas pu organiser une si belle fête. Nous nous aimons et nous souhaitons que cela perdure pour l’éternité. La paix et l’amour sont notre fil conducteur, car là où ils sont absents, la tristesse prend le dessus. », a-t-elle soutenu.

Pierrette DOGBOBIE et Augustin DJOMAN, membres de la catégorie Dougbo Dongba

En guise de dernier message, Madame Koutouan a vivement encouragé les jeunes du village à s’inspirer de leur modèle de vie et de leur solidarité. Des témoignages émouvants ont ponctué cette fin de cérémonie. Maman Moya Adrienne, 72 ans, a exprimé une joie indescriptible à participer à ce qui sera sa dernière « sortie » publique en tant que membre des Dougbo Dongba, une coutume respectée pour protéger les aînés. Anno Jérôme a partagé cette même joie, reconnaissant d’avoir été épargné par la maladie et la mort pour vivre ces moments festifs entouré de sa famille.

Jerome ANNO dit Macron 1er, membre de la catégorie Dougbo Dongba

Et l’aventure ne s’arrête pas là. Dans deux semaines, Anono résonnera à nouveau aux cris du cor et des tambours avec la célébration des 20 ans des Tchagba Agban, promettant encore plus de fête, de joie et de partage.

 

MÉITÉ Aboubakar

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