CÔTE D’IVOIRE/ED-SCALL : ZIÉ KASSOUM OUATTARA ADMIS AU GRADE DE DOCTEUR EN HISTOIRE AVEC LA MENTION TRÈS HONORABLE
La presse écrite dans la consolidation du régime de Félix Houphouët-Boigny (1960-1993) a fait l’objet d’une soutenance de thèse, le mercredi 16 septembre, à l’amphithéâtre ED001 de l’École doctorale Société, Communication, Arts, Lettres et Langues (ED-SCALL), à Bingerville.
Abidjan, 17 septembre 2026 – L’amphithéâtre ED001 de l’École doctorale Société, Communication, Arts, Lettres et Langues (ED-SACALL), situé à Bingerville, a servi de cadre à la soutenance de thèse de M. Zié Kassoum Ouattara. L’impétrant a présenté ses travaux sur le thème « La presse écrite dans la consolidation du régime de Félix Houphouët-Boigny : 1960-1993 ».
Un jury de haut niveau a été constitué pour évaluer le travail. Le président du jury était M. Ouattara Tiona, directeur de recherches d’Histoire à l’Université Félix Houphouët-Boigny. La directrice de thèse était Mme Brou Cho Julie Eunice épouse Moustapha, maître de conférences à l’Université Félix Houphouët-Boigny. Les rapporteurs, au nombre de deux, étaient M. Yapi Yapi André Dominique, professeur titulaire à l’Université Félix Houphouët-Boigny, et M. Gole Koffi Antoine, professeur titulaire à l’Université Alassane Ouattara (Bouaké). L’examinateur était M. Ibo Guéhi Jonas, directeur de recherches d’Histoire à l’Université Nangui Abrogoua, absent pour raisons professionnelles.

La séance a également été rehaussée par la présence du professeur Marcel Kouadio, de l’UFR d’Histoire de l’Université Félix Houphouët-Boigny (UFHB), des élèves de l’impétrant, de ses parents, amis et connaissances, sans oublier plusieurs doctorants venus soutenir le candidat.
Après l’installation du jury, la parole a été donnée à l’impétrant. Zié Kassoum Ouattara a indiqué que sa thèse a été réalisée sous la direction de Mme Brou Cho Julie Eunice épouse Moustapha. Sa présentation s’est articulée autour de plusieurs points essentiels dont la justification du choix du thème, la problématique, les objectifs de l’étude, la méthodologie employée, les résultats obtenus et les remerciements.

Justifiant le choix du sujet, il a évoqué deux mobiles. Le premier, subjectif, relève de la curiosité scientifique personnelle, la période 1960-1993 se trouvant au cœur d’un débat contradictoire. D’un côté, certains mettent en avant les profondes transformations politiques, économiques, sociales et médiatiques. De l’autre, une posture critique dénonce le contrôle des libertés d’expression. Le second mobile est la volonté de contribuer à la science, alors que peu de travaux ont accordé une place centrale à la presse écrite comme instrument de pouvoir, de mobilisation et d’influence des masses.
La problématique centrale était de savoir comment la presse écrite a été utilisée pour consolider et pérenniser le régime de Félix Houphouët-Boigny. Trois questions spécifiques en découlaient : la presse écrite a-t-elle réellement contribué à la construction de l’unité nationale et à la gestion des premières crises post-indépendance ? Quel rôle a-t-elle joué dans la légitimation de la politique de développement économique et social du régime ? Comment a-t-elle appréhendé la démocratie à l’ivoirienne et les défis posés par l’avènement du multipartisme ?
L’objectif principal de l’étude était de mettre en lumière le rôle de la presse écrite dans l’enracinement et la pérennisation du régime de Félix Houphouët-Boigny. Pour y parvenir, trois objectifs spécifiques ont été retenus. Un, déterminer la place de la presse écrite dans la construction de l’unité nationale et la gestion des crises socio-politiques dès 1960. Secundo, analyser sa contribution à la légitimation de la politique de développement économique et social de la Côte d’Ivoire, et enfin, montrer comment cette presse a accompagné une conception particulière de la démocratie, façonnée à la mesure du pouvoir officiel, avant d’être bousculée par le multipartisme.

Sur le plan méthodologique, l’impétrant a adopté une approche qualitative fondée sur le croisement de plusieurs types de sources, notamment écrites et orales. Deux techniques de recherche ont été mobilisées : la recherche documentaire et l’enquête orale. Plusieurs centres de documentation ont été parcourus à Abidjan, Yamoussoukro et Daloa. À Abidjan, ce sont les Archives nationales de Côte d’Ivoire, les archives de Fraternité Matin, la bibliothèque Ex-Flash de l’Université Félix Houphouët-Boigny, la bibliothèque du CERAP et la Fondation Bernard Dadié. À la Fondation Félix Houphouët-Boigny de Yamoussoukro, il a consulté la collection FratMat de 1990 ainsi que des ouvrages sur la philosophie politique et l’action du régime Houphouët.
L’enquête orale, sous forme d’entretiens semi-directifs enregistrés, a permis de combler l’absence de presse d’opposition avant 1990 et de pallier les manques d’archives. Elle a été menée auprès d’acteurs et témoins clés tels que les hommes politiques, administratifs et spécialistes des médias. Toutes les données ont fait l’objet d’une critique interne et externe. Ce travail a permis de structurer la thèse en trois parties. À savoir, « La presse écrite dans la construction de l’unité nationale et la gestion des crises socio-politiques dès 1960 », « La contribution de la presse écrite dans la quête du développement économique et social de la Côte d’Ivoire sous Félix Houphouët-Boigny de 1970 à 1985 » et « L’apologie du régime au choc du pluralisme : la presse écrite face aux mutations politiques entre 1980 et 1993 ».
Parmi les principaux résultats, Zié Kassoum Ouattara a souligné que, dès les premières années de l’indépendance, le paysage médiatique ivoirien était composé de trois organes qui sont Abidjan Matin, hérité de la colonisation ; Fraternité Hebdo, journal militant du PDCI-RDA au service de la pédagogie du parti unique ; et Fraternité Matin, créé en 1964 comme outil d’information privilégié et de mobilisation des masses autour des idéaux nationaux. La presse écrite n’a donc pas seulement relaté l’actualité, elle a participé à l’édification des fondements politiques, institutionnels et médiatiques du régime.

L’impétrant a également montré que la presse écrite a été utilisée comme instrument de contrôle de l’information face aux crises, notamment la sécession du Sanwi en 1959, les affaires de complot et l’insurrection des Guébiés dans les années 1970. Elle a contribué à façonner l’opinion publique selon les priorités du régime. Sur le plan économique, elle a défendu le modèle libéral, soutenu le secteur agro-pastoral, accompagné l’industrialisation et porté un discours de résilience face à la conjoncture internationale. Au plan socio-culturel, elle a valorisé les actions éducatives, sanitaires et l’habitat social, notamment les programmes FRAR et les fêtes tournantes.
S’agissant de la démocratie à l’ivoirienne, la presse écrite a largement contribué à son apologie, présentant ce modèle comme adapté aux réalités ivoiriennes et fondé sur la stabilité politique. Mais cette rhétorique pluraliste a été rattrapée par les réalités car la pression internationale, les mouvements sociaux et la contestation de l’hégémonie du PDCI-RDA ont conduit à l’instauration du multipartisme en 1990. L’espace médiatique s’est alors libéré, avec l’émergence d’une presse d’opposition face à une presse pro-gouvernementale. Le décès du président Félix Houphouët-Boigny, le 7 décembre 1993, a marqué une rupture politique et médiatique. Selon l’impétrant, la presse, hier instrument de consolidation du régime, est devenue un outil de confrontation et de positionnement stratégique entre acteurs en lutte pour la succession.

Au terme de sa présentation, l’impétrant a exprimé sa gratitude au président du jury, le professeur Ouattara Tiona, qu’il a présenté comme la source d’inspiration de sa vocation. Il a également remercié sa directrice de thèse, Mme Brou Cho Julie Eunice épouse Moustapha, pour son encadrement, sa rigueur scientifique et sa disponibilité, ainsi que les rapporteurs, les professeurs Yapi André Dominique, Gole Antoine et Ibo Guehi.
Après trois heures d’échanges parfois houleux mais toujours dépassionnés, le président du jury a rendu le verdict. « Zié Kassoum Ouattara, le jury, après vous avoir écouté et apprécié votre travail, après avoir délibéré, vous déclare admis au grade de docteur en Histoire avec la mention très honorable. », a déclaré Professeur Ouattara Tionan. Une explosion de joie a accueilli cette décision. Après la prestation de serment du nouveau docteur, une photo de famille a immortalisé la cérémonie et un déjeuner a été offert aux participants.
Les soutenances se tiennent toujours à l’École doctorale et prendront fin en octobre.
MÉITÉ Aboubakar