MONDIAL 2026/DÉSAGRÉMENTS HUMILIATIONS ET SILENCE MÉDIATIQUE : LA COUPE DU MONDE AMÉRICAINE SOUS TENSION
L’arbitre somalien Omar Abdul-Qadir Hartan, Meilleur arbitre Caf 2025, symbole du scandale
À quelques heures du coup d’envoi de la Coupe du Monde 2026, les États-Unis, pays hôte aux côtés du Canada et du Mexique, accumulent les polémiques. Refus de visas, contrôles humiliants, camps d’entraînement dangereux, séisme, fusillade… Jamais une édition n’avait connu un tel chaos hors du terrain. Et pourtant, les grandes voix critiques restent étrangement discrètes. Décryptage.
Abidjan, 10 juin 2026 – L’engouement populaire annoncé pour ce Mondial 2026 semble s’effondrer sous le poids de désagréments majeurs subis par plusieurs sélections. Si de telles pratiques avaient eu lieu lors de la Coupe d’Afrique des nations, les observateurs se seraient déchaînés. Mais ce qui se passe au « pays de l’Oncle Sam » ne paraît émouvoir personne. Ou si peu. Pourtant, les incidents s’accumulent et méritent qu’on s’y attarde.
Depuis l’arrivée des premières délégations sur le sol américain, on relève des conditions indignes pour plusieurs équipes :
- Angleterre : une fusillade a éclaté à proximité du camp d’entraînement des Three Lions. Pire, la sélection anglaise a été touchée par un tremblement de terre. Aucun blessé, mais le choc psychologique est bien réel.
- Suisse : son centre d’entraînement est situé dans une zone infestée de serpents, un danger permanent pour les joueurs et le staff.
- Iran : contrainte de baser son camp au Mexique tout en jouant tous ses matchs aux États-Unis. Résultat : des allers-retours épuisants dans la même journée, sans jamais dormir sur le sol américain. Quinze membres de l’encadrement iranien se sont vu refusés leur visa.
- Irak : le photographe officiel de la délégation, muni d’un visa et d’une accréditation FIFA, a été détenu douze heures à l’aéroport puis refoulé. L’attaquant star Hussein a lui-même été interrogé longuement sur une chaise en plastique. Résultat : l’Irak n’a aucun photographe officiel.
- Japon : son terrain d’entraînement est catastrophique, alors que de bien meilleures installations existent à côté.
- Supporters congolais : billets d’avion, hôtels et places de match payés… On leur a interdit l’entrée à la dernière minute, sans aucune information sur d’éventuels remboursements.
- Sénégal : fouille en règle et corporelle des joueurs de l’équipe nationale par la douane américaine sur le tarmac de l’aéroport. Pas dans une salle pour garder l’intimité des joueurs mais à l’air libre, au vu et su de tout le monde. C’est une scène humiliante et dégradante de présenter des internationaux, des footballeurs connus comme des narcotrafiquants qu’on palpe pour déceler des substances prohibées cachées.
Le meilleur arbitre africain 2025, le Somalien Omar Abdul-Qadir Hartan, avait tout en règles : visa, accréditation FIFA, reconnaissance de son talent. Il a été refoulé à la frontière américaine dès son atterrissage, fouillé sur le tarmac. La FIFA a confirmé qu’il ne participerait pas au Mondial. Un déni de justice et, pour beaucoup, un acte de racisme pur, la Somalie figurant sur une liste noire américaine.
Heureusement, une lueur d’espoir. David Eby, premier ministre de la Colombie-Britannique (Canada), a proposé d’accueillir Omar Artan dans sa province, où se déroulent des matchs à Vancouver. Il souhaite que l’arbitre puisse officier sur les rencontres organisées sur son territoire. Une initiative salutaire, mais qui ne résout pas l’humaine institutionnelle.
Face à la multiplication des incidents, la FIFA a publié un communiqué laconique : « C’est le gouvernement du pays hôte qui détermine en dernier ressort qui reçoit un visa et qui est admis sur son territoire. » Une manière de se laver les mains.
Si ces faits s’étaient produits au Maroc, au Sénégal, au Cameroun ou au Qatar, la levée de boucliers aurait été planétaire. Les associations, les campagnes de presse, les « belles injures » auraient dénoncé « l’image de l’Afrique » ou « la honte du football ». Mais pour les États-Unis et l’administration Trump, c’est le silence. Quelques brèves, et rien de plus.
Au-delà du terrain, c’est la santé mentale des équipes qui est en jeu. Ces traumatismes (refus d’entrée, humiliations, insécurité) marqueront durablement certaines délégations. La bravoure et la combativité devront surmonter bien des épreuves extra-sportives.
Malgré tout, la Coupe du Monde débutera demain. La Côte d’Ivoire jouera son premier match contre l’Équateur le dimanche 14 juin à 23 heures GMT. On espère que le spectacle sur le gazon fera oublier, au moins provisoirement, cette cascade de déboires. Mais une question demeure : pourquoi le monde ferme-t-il les yeux sur l’Amérique ?
MÉITÉ Aboubakar