MONNAIE UNIQUE EN AFRIQUE DE L’OUEST : LA CEDEAO FIXE (ENCORE) 2027 COMME HORIZON POUR L’ECO
L’Eco, la monnaie unique de l’Afrique de l’ouest verra le jour en 2027
Abidjan, 23 juillet 2026 – Voilà une déclaration qu’on attendait, c’est vrai, mais qui a le mérite d’être constante. Réunis le 19 juillet dernier à Lungi, en Sierra Leone, pour leur 69e session habituelle, les Chefs d’État et de gouvernement de la CEDEAO ont remis sur le devant de la scène leur grand projet collectif : cette fameuse monnaie unique ouest-africaine, qu’ils appellent l’ECO. Et la date butoir, ça reste 2027. Même si, soyons honnêtes, on a déjà eu ce genre d’échéance par le passé…
Dans le communiqué final publié après cette rencontre, les dirigeants de la région n’y sont pas allés de main morte : l’ECO, martèlent-ils, doit être bien plus qu’un simple symbole. Ils veulent que ce soit un moteur, un vrai levier pour l’intégration économique de tout l’espace communautaire. L’ambition, elle est limpide c’est d’approfondir les échanges entre les États membres, oui, mais aussi stimuler une croissance qui soit à la fois durable, capable d’encaisser les chocs – et surtout inclusive. Parce qu’il faut bien que les fruits du développement profitent enfin au plus grand nombre.
Mais voilà, comme on dit, le diable est souvent dans les détails. Et les détails, justement, les dirigeants ouest-africains en ont bien conscience, semble-t-il. Alors, plutôt que de foncer tête baissée dans une aventure qui risquerait de virer au fiasco, ils ont privilégié une stratégie en deux temps. En clair, le démarrage se fera d’abord avec les pays qui remplissent déjà les fameux « critères de convergence économique » – ces indicateurs stricts, indispensables à la bonne santé d’une monnaie commune. Les autres, ceux qui ne seront pas encore prêts au moment du grand saut, ne seront pas laissés pour compte. Un accompagnement sur mesure est même prévu pour les aider à rattraper leur retard et, espérons-le, à rejoindre le mouvement plus tard, quand tout sera en place.
Cette approche progressive, avouons-le, a le grand mérite d’être prudente. Elle vise clairement à éviter les secousses qui pourraient, dès ses premiers pas, entamer la crédibilité de l’ECO. Et sur ce point, la Conférence ne s’est pas contentée de vagues déclarations. Elle a salué – et à juste titre – le travail fourni par la Commission de la CEDEAO, qui a multiplié ces derniers mois les consultations de haut niveau avec les gouverneurs des banques centrales de la région. L’objectif ? Arriver à un consensus sur les derniers points techniques qui coincent encore. Car oui, il reste des questions épineuses à trancher, notamment sur les conditions économiques et techniques concrètes qui garantiront que l’ECO fonctionne pour de bon, et pas seulement sur le papier.
Autre signal encourageant, et ce n’est pas le plus anodin : la marque « ECO » a été officiellement enregistrée auprès de l’Organisation Africaine de la Propriété Intellectuelle (OAPI). Une simple formalité, pensez-vous ? Pas tout à fait. C’est aussi une étape institutionnelle non négligeable qui démontre que, malgré les retards qui s’accumulent et les doutes persistants, le processus avance, petit à petit, au moins sur le plan juridique et symbolique.
En somme, l’année 2027 est bien dans le collimateur. Mais, à l’heure où j’écris ce papier, on ne peut s’empêcher de se demander si les délais seront réellement respectés – et surtout si les volontés politiques résisteront aux nombreux aléas économiques qui secouent le continent. En attendant, la CEDEAO affiche un bel optimisme. Et, chose assez notable, elle semble vouloir cette fois apprendre des erreurs du passé pour enfin bâtir une monnaie qui tienne vraiment la route. Souhaitons vivement que la raison l’emporte sur les seuls discours.
MÉITÉ Aboubakar