RITE TRADITIONNELLE/COMMEMORATION DES 25 ANS A ABIDJAN-ANONO : LES TCHAGBA DONGBA SE PROJETTENT DANS LE FUTUR
Abidjan, lundi 15 septembre. Après les célébrations des Dougbo Agban, la semaine précédente, l’effervescence se poursuit à Anono. Cette fois, c’était au tour de la génération Tchagba Dongba de marquer un jalon important : le 25e anniversaire de sa sortie officielle effectuée en septembre 2000. Une journée placée sous le signe du « rassemblement », de la mémoire et des perspectives futures.
La génération Tchagba Dongba a fêté ses 25 ans dans l’unité et la ferveur, marquant une pause pour honorer le passé et se projeter vers l’avenir.

Abidjan, lundi 15 septembre. Après les célébrations des Dougbo Agban, la semaine précédente, l’effervescence se poursuit à Anono. Cette fois, c’était au tour de la génération Tchagba Dongba de marquer un jalon important : le 25e anniversaire de sa sortie officielle effectuée en septembre 2000. Une journée placée sous le signe du « rassemblement », de la mémoire et des perspectives futures.
Dès les premières heures, le village avait revêtu ses habits de fête. Les membres de la génération, parés d’un uniforme en pagne confectionné pour l’occasion, ont offert un spectacle haut en couleur. Les femmes, rayonnantes, ont agrémenté leur tenue de parures en or, de chaînes et de bracelets scintillants. Les hommes, badigeonnés de kaolin, arboraient un pagne rouge, symbole de bravoure et de puissance en pays Atchan.

Le point d’orgue de la célébration fut l’apparition du guerrier, Abou Ahiba Pierre, vers 15 heures. Vêtu d’une armure de tissu, une machette à la main, il exécuta une danse frénétique au rythme des tambourins. Sa coiffe, une chéchia ornée de miroirs arrondis, reflétait la lumière du soleil, plongeant le public dans une admiration. Son périple, du sud au nord du village, fut une marche symbolique pour déjouer les pièges et maintenir intact l’honneur des Tchagba Dongba, avant de revenir épuisé et fier à son domicile.
Dans son sillage, les femmes ont exécuté un ballet rythmé et empreint de solennité. Leur procession s’est ponctuée de pauses recueillies devant les photographies des disparus, disposées le long de la voie principale. À chaque station, elles élevaient un chant en signe de salut et d’hommage, mêlant ainsi la joie de la célébration à la mémoire des absents. Une fois les clameurs tombées, place aux causeries et au bilan. Pour Djama Pierre, chef de la catégorie, le succès est incontestable :
« Vraiment, ça a été une réussite parfaite. (…) Il y a quelques années, il y avait quelques problèmes, une crise en somme. On a rassemblé tout le monde pour recadrer les choses. Aujourd’hui, il n’y a pas de divergence majeure. Tout le monde regarde dans la même direction. » Au-delà de la fête, les projets de la génération sont résolument tournés vers la solidarité. « On a en projets d’aider les veuves de nos camarades (…) et voler au secours de nos amis malades », a annoncé Djama Pierre, lançant également un appel aux membres en vue de prendre des financières pour les futures célébrations.

Un sentiment de joie et de cohésion partagé par Mme Gourmanou Moya Sabine : « J’ai vu qu’il y avait une grande solidarité dans le groupe, ça m’a fait plaisir. (…) Comme perspective, on attend de fêter les 30 ans, 35 ans (…) et de toujours cultiver la solidarité. » Un avis que confirme dame Abi Marcelle : « Absolument, la solidarité existe au sein de la génération. On s’entend très bien. »
Alors que la nuit est tombée sur la fête des Tchagba Dongba, les festivités ne sont pas prêtes de s’arrêter à Anono. Dès samedi prochain, c’est la génération Tchagba Assoukrou qui investira le même espace pour célébrer ses 15 ans, perpétuant ainsi la tradition vivante des anniversaires de génération. En septembre 2000, lors de la sortie officielle, les hommes étaient au nombre de 250 et les femmes aussi 250. A’ ce jour il ne reste qu’environ 300 membres de la catégorie. Le guerrier adjoint se nomme Gourmanou Rufin et la responsable des femmes est Gomon Boyé Rita.
La société Atchan est organisée autour de quatre générations qui sont constituées de 4 catégories ou classes d’âge regroupant les individus avec un intervalle d’âge. La classe d’âge joue un rôle central dans la gouvernance et la prise de décision collective. Les générations sont les Bléssoué, les Gnandô, les Dougbô et les Tchagba. Chaque génération gère le village pendant une quinzaine d’année. Ce sont les Tchagba qui gèrent les villages Atchan.
MÉITÉ Aboubakar