AFRIQUE/L’ECO PREND SON ENVOL PROGRESSIF EN 2027 : LE BÉNIN EN TÊTE
Abidjan, 11 aout 2026 – Les dirigeants de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ont, lors d’un sommet tenu le 19 juillet 2026 à Lungi, en Sierra Leone, redonné un souffle nouveau au projet de monnaie unique, l’Eco. Après plus de vingt ans d’attente et de nombreux retards, l’ambition est de la lancer progressivement à partir de 2027. Seuls les pays ayant rempli les conditions nécessaires pourront faire partie du premier cercle, tandis que les autres membres devront persévérer dans leurs réformes économiques.
Toutefois, un récent rapport de l’Agence Monétaire de l’Afrique de l’Ouest (AMAO), analysant la situation macroéconomique en 2024, révèle l’ampleur du défi. Un seul pays, le Bénin, se distingue en ayant rempli l’ensemble des six critères de convergence requis. La Côte d’Ivoire, le Cap-Vert et le Togo suivent de près avec cinq critères respectés, tandis que le Sénégal en a validé quatre.
Ces critères essentiels incluent le taux d’inflation, le niveau du déficit public, la manière dont ce déficit est financé par la banque centrale, le volume des réserves de change, la constance du taux de change et l’endettement de l’État. En 2024, le Bénin présente des performances solides : une inflation maîtrisée à 1,2 %, un déficit budgétaire conforme aux attentes à 3 % du PIB et une dette publique raisonnable de 53,4 % du PIB. Ses réserves couvrent près de cinq mois d’importations, et il n’a pas eu recours au financement monétaire pour son déficit.
Ce bilan est corroboré par l’analyse du Professeur Amath Ndiaye, un économiste reconnu et enseignant-chercheur à la FASEG-UCAD. Dans une publication pour Financial Afrik, il souligne que « malgré des avancées, la convergence économique au sein de la CEDEAO demeure restreinte ». Il insiste sur le fait qu’en 2024, « seul le Bénin parvient à satisfaire simultanément l’ensemble des six critères de convergence ».
Au-delà des chiffres, l’expert met en lumière des écarts abyssaux entre les nations membres. Les déficits budgétaires, par exemple, s’étendent de moins de 3 % du PIB pour certains à plus de 13 % pour d’autres, note Amath Ndiaye. Les divergences sont encore plus frappantes concernant l’inflation, qui demeure sous les 2 % dans plusieurs pays de l’UEMOA, mais s’envole à plus de 30 % au Nigeria. De surcroît, les devises nationales de plusieurs États de la Zone Monétaire de l’Afrique de l’Ouest (ZMOA) ont connu d’importantes dépréciations, contrastant avec la relative stabilité du franc CFA.
Cette fracture s’explique en grande partie par les structures monétaires existantes. Les huit pays de l’Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA) bénéficient déjà d’une monnaie commune, le franc CFA, d’une banque centrale régionale (la BCEAO), d’un marché financier intégré et de systèmes de contrôle bancaire harmonisés. Cette configuration leur confère une expérience précieuse en matière de politique monétaire partagée. À l’opposé, des nations comme le Nigeria, le Ghana, la Guinée ou la Gambie, avec leurs propres monnaies nationales, sont plus vulnérables aux fluctuations des taux de change. Le Nigeria, malgré son influence économique majeure, incarne à lui seul une part significative de ces défis, aux prises avec une inflation galopante et une forte instabilité de sa devise.
À ces disparités économiques s’ajoute une complication majeure : le retrait récent du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la CEDEAO, qui redéfinit de facto le champ d’action de la future union monétaire.
Pour le Pr Ndiaye, ces profonds désaccords économiques soulèvent une question fondamentale. Il estime que « ces divergences signalent que les économies de la CEDEAO ne forment pas encore un ensemble suffisamment harmonisé pour partager une monnaie et une politique monétaire uniques ». Consciente de cette réalité, la CEDEAO a néanmoins opté pour une approche pragmatique, renonçant à l’attente d’une convergence unanime. La feuille de route définie à Lungi entérine un lancement en plusieurs phases : les États exemplaires pourront adopter l’Eco dès 2027, tandis que les autres seront soutenus dans leurs efforts pour atteindre progressivement les critères requis. Au vu des chiffres de 2024, le Bénin est sans conteste le mieux positionné. L’enjeu désormais sera de voir quels autres pays auront accompli les progrès nécessaires pour intégrer ce noyau initial de la monnaie commune.
MÉITÉ Aboubakar