AFRIQUE/LA ZLECAF ET BERGMANS SECURITY : UN CONTRAT GÉANT DE 3.1 MILLIARDS DE DOLLARS POUR MODERNISER LES DOUANES AFRICAINES
La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) a fait un pas de géant vers son objectif d’intégration économique. La semaine dernière, un accord majeur a été signé pour vingt ans avec Bergmans Security, une société nigériane. Ce contrat colossal de 3,1 milliards de dollars (environ 2,7 milliards d’euros) vise à transformer numériquement les services douaniers de tout le continent. L’idée ? Supprimer les blocages qui freinent encore la libre circulation des marchandises en Afrique.
Abidjan, 11 aout 2026 – Cette alliance, qui implique le secrétariat de la ZLECAf et une filiale de Bergmans appelée AfriTrade CMP, prévoit la mise en place d’outils digitaux modernes. Leur mission sera de rendre les procédures douanières plus efficaces, de faciliter le suivi des produits et, surtout, de réduire les attentes et les problèmes aux frontières. Bergmans apportera non seulement l’argent nécessaire, mais aussi le savoir-faire technique. Ils devront collaborer avec les douanes de chaque pays pour adapter ces solutions aux différentes lois et manières de travailler sur le continent.
Mais ce n’est pas qu’une simple mise à jour administrative. L’objectif est bien plus grand. Il s’agit de créer les conditions réelles pour que le marché unique africain puisse enfin fonctionner à plein régime. D’autant plus que cinquante pays membres de l’Union africaine ont déjà donné leur feu vert à l’accord de libre-échange.
Depuis son lancement en 2021, la ZLECAf cherche à faire tomber les barrières qui limitent les échanges entre pays africains. Mais, en dehors des taxes d’importation, les démarches aux frontières restent un vrai problème pour la circulation des marchandises. Les systèmes douaniers sont encore très différents d’un pays à l’autre. Dans beaucoup d’États, les procédures papier rendent difficile la collecte et le partage des informations, réduisent la visibilité sur ce qui circule et peuvent même causer des manques à gagner pour les caisses de l’État.
Selon Wamkele Mene, le secrétaire général de la ZLECAf, les échanges entre pays africains ont atteint 220 milliards de dollars en 2024, soit une hausse de 12,5 % en un an. C’est bien, mais c’est encore trop peu par rapport à l’ambition fixée : doubler ce commerce d’ici 2035.
Les nouveaux outils digitaux devraient permettre aux administrations de mieux suivre les mouvements de marchandises, d’avoir plus de données commerciales et de rendre les choses plus claires. Pour le responsable, avoir des systèmes douaniers à la hauteur des ambitions de la ZLECAf est indispensable pour réussir ce projet d’intégration.
« Si nous n’arrivons pas à mettre en place un système douanier numérique qui reflète nos grandes ambitions, je crains que nous ne parvenions pas à doubler le commerce intra-africain d’ici 2035 », a-t-il affirmé.
Le choix s’est porté sur cette entreprise notamment grâce à son expérience réussie au Nigeria, où elle a aidé à moderniser les douanes. Pour la ZLECAf, les bons résultats obtenus là-bas, notamment le passage au numérique, l’augmentation des revenus pour l’État et la réduction des délais, ont convaincu le secrétariat d’étendre cette méthode à d’autres pays africains.
Le président de Bergmans, Saleh Ahmadu, a déjà annoncé que son entreprise reproduirait ce modèle dans d’autres administrations du continent, en apportant les fonds et l’expertise nécessaires.
La ZLECAf a aussi opté pour un acteur du continent pour mener cette transformation. Ses dirigeants ont précisé que si plusieurs géants internationaux avaient fait des propositions, le secrétariat a préféré une solution pensée par une entreprise africaine. Cette décision s’aligne avec la volonté de mettre en avant les talents technologiques africains et d’utiliser des solutions qui collent parfaitement aux réalités locales.
Le succès du programme dépendra maintenant de son application concrète dans chaque pays, avec ses propres spécificités. Les services douaniers devront s’approprier ces nouveaux outils, uniformiser leurs méthodes de travail et s’assurer que tous les systèmes peuvent communiquer entre eux pour un réel échange d’informations entre les nations.
Plus qu’une affaire de technologie, l’objectif est de transformer les promesses de commerce de la ZLECAf en une vraie circulation fluide d’argent et de marchandises. Une meilleure gestion des frontières permettra de gagner du temps pour les transports, de garantir les revenus de l’État et de donner aux pays les moyens de mieux gérer leurs échanges. C’est un grand pari, mais avec ce nouveau partenaire, la ZLECAf est bien décidée à le gagner.
MÉITÉ Aboubakar