CAFE-CACAO EN COTE D’IVOIRE : LA REVOLTE DES PRODUCTEURS CONTRE LA REPRESENTATIVITE IMPOSEE
Abidjan, 19 aout 2025. La désignation de l’ONPCC-CI comme représentant unique au sein de l’OIA sème la colère et divise la filière. Alors que s’ouvre ce lundi 19 août 2025 à Yamoussoukro l’Assemblée Générale Constitutive de l’Organisation Interprofessionnelle Agricole (OIA) Café-Cacao, une fracture profonde secoue la filière vitale de l’économie ivoirienne.
Abidjan, 19 aout 2025. La désignation de l’ONPCC-CI comme représentant unique au sein de l’OIA sème la colère et divise la filière. Alors que s’ouvre ce lundi 19 août 2025 à Yamoussoukro l’Assemblée Générale Constitutive de l’Organisation Interprofessionnelle Agricole (OIA) Café-Cacao, une fracture profonde secoue la filière vitale de l’économie ivoirienne.
Une coalition d’organisations représentant les producteurs de café et de cacao refuse catégoriquement la désignation de l’Organisation Nationale des Producteurs de Café-Cacao de Côte d’Ivoire (ONPCC-CI) comme leur représentant exclusif, dénonçant une « confiscation de leur voix » et une mise à l’écart des structures historiques. Lors d’une conférence de presse tenue à la préfecture de Yamoussoukro ce lundi 18 août, les producteurs, par la voix de SIAKA Maninga, président de la CNOPA-CI et 2ᵉ vice-président de la FOPCC, ont clairement exprimé leur rejet de la désignation de l’ONPCC-CI.
Ils estiment que le Comité Technique de l’OIA a ignoré les évaluations de juin 2024 pour favoriser indûment « une structure créée seulement en janvier 2025, sans expérience ni légitimité auprès des producteurs ». Cette opposition s’organise autour d’organisations signataires telles que le Collège National des Producteurs de Café-Cacao (CNPCC) et la Coordination Nationale des Organisations Professionnelles Agricoles (CNOPA-CI).
Dans un communiqué officiel, elles qualifient la décision « d’injustifiée et dangereuse », pointant du doigt un processus manquant de transparence et bafouant la représentativité réelle des producteurs. La création de l’OIA Café-Cacao, destinée à devenir l’unique interlocutrice de l’État dans la gestion de la filière conformément à l’ordonnance n°2011-473, était initialement perçue comme une avancée majeure pour une gouvernance plus équilibrée et participative . Elle devait structurer la filière autour de trois collèges: producteurs, commerçants (acheteurs et exportateurs) et transformateurs.
Cependant, le processus de sélection des représentants des producteurs est au centre des critiques. Le comité technique, après un premier appel à candidatures en février 2025 ayant enregistré 86 organisations agricoles, n’a retenu que deux structures jugées conformes, dont l’ONPCC-CI, sur la base de critères stricts (représenter au moins 15% des producteurs et 15% de la production nationale). Un cabinet indépendant, JAD’EXPERTISE, a été mandaté pour vérifier l’authenticité des données fournies.
Ses conclusions, clés dans la décision, attribuent à l’ONPCC-CI la représentation de 676 994 membres (soit 63,12 % des producteurs nationaux) et 1 112 281 tonnes de café et cacao (soit 53,47 % de la production nationale). Les producteurs opposants ne se contentent pas de contester des chiffres. Ils alertent sur des risques plus graves : la possible confiscation de leur voix au profit d’acteurs suspectés de liens avec des trafics illicites de café et de cacao vers les pays frontaliers. Cette accusation grave souligne un climat de défiance accru et la crainte que leurs intérêts ne soient sacrifiés.
Ils déplorent également le silence persistant des autorités face à leurs multiples interpellations, notamment après une lettre de contestation envoyée au comité technique dès le 6 août 2025, restée sans réponse. Ce sentiment d’être ignoré alimente la colère et la détermination à se mobiliser.
Fondée officiellement en janvier 2025 et dirigée par Siaka Diakité, l’ONPCC-CI est présentée par ses détracteurs comme une structure sans expérience. Pourtant, selon d’autres sources, elle fédérerait plusieurs groupes de coopératives répartis dans les 13 régions de production. Son président, Siaka Diakité, est décrit comme un planteur « apprécié » pour sa « générosité, sa solidarité et son engagement », jouissant de la confiance « de ses pairs au sein des exportateurs, des acheteurs, des banques ainsi que des autorités locales ». Il est également mis en avant pour des investissements industriels dans la transformation locale, comme l’usine CACAO SA à Divo.
Face à cette situation bloquée, les producteurs opposants lancent un triple appel : à l’État ivoirien, pour qu’il rétablisse la transparence et la légitimité dans la gouvernance de la filière, en respectant les processus et structures préexistantes; à l’opinion publique nationale et internationale, pour qu’elle soit témoin de leur lutte et soutienne leur quête de justice et de représentation équitable; aux producteurs ivoiriens, our qu’ils restent mobilisés et solidaires contre ce qu’ils perçoivent comme une tentative de marginalisation.
Ils annoncent leur intention de s’opposer « par tous les moyens légaux » au déroulement de l’Assemblée Générale Constitutive de l’OIA dans sa forme actuelle, promettant une présence forte et déterminée à Yamoussoukro. Cette crise de représentativité intervient dans un contexte où la filière café-cacao, pilier de l’économie ivoirienne, tente de se réformer pour offrir une meilleure répartition de la valeur aux producteurs.
Des organisations plus anciennes comme l’Association Nationale des Producteurs de Café-Cacao de Côte d’Ivoire (ANAPROCI), créée en 2008, militent depuis longtemps pour une meilleure valorisation des filières et une révision du modèle économique qui, selon elles, ne laisse qu’une part dérisoire aux planteurs. La difficulté à créer une représentation unifiée et acceptée de tous risque de freiner ces efforts et de perpétuer les tensions.
Alors que les délégués sont réunis à Yamoussoukro pour acter la naissance de l’OIA, l’ombre de la contestation plane lourdement. La fracture révélée par cette crise va bien au-delà d’une simple querelle de représentation. Elle traduit une perte de confiance profonde des producteurs dans la gestion de la première ressource d’exportation du pays et la crainte légitime d’être une fois de plus exclus des décisions qui les concernent au premier chef.
La détermination affichée des deux camps laisse présager des jours tendus pour la filière. La suite des événements dépendra de la capacité des autorités à entendre ce cri d’alarme et à œuvrer pour une solution inclusive qui redonnera sa place à la base, sans laquelle aucun développement harmonieux n’est possible. Comme l’a conclu SIAKA Maninga : « Nous réaffirmons notre engagement pour une représentation légitime, transparente et crédible des producteurs de café et de cacao ». Le message est on ne peut plus clair.
MEITE Aboubakar