CÔTE D’IVOIRE/AFFAIRE CANAL+ : LES CHAPEAUX ROUGES SAISISSENT LE CONSEIL D’ÉTAT CONTRE L’ÉTAT IVOIRIEN
Cahié Kunta, en costume, mène un combat noble
Abidjan, 25 aout 2026 – Ils n’avaient pas encore tout dit, et c’est justement pour ça qu’ils ont convoqué la presse nationale, hier lundi 24 août, dans la matinée, à Yopougon Palais de justice. Les Chapeaux Rouges, ce collectif qui s’est fait connaître ces derniers mois par ses actions coup de poing en faveur des consommateurs, ont franchi une nouvelle étape dans leur bras de fer avec Canal+ et, plus largement, avec les autorités du pays.
Devant une salle comble, Cahié Kunta, le président du mouvement, a annoncé la nouvelle sans détour. Après avoir tenté toutes les portes du dialogue, ils ont décidé de saisir le Conseil d’État contre l’État de Côte d’Ivoire. Une décision qui, selon lui, n’a pas été prise à la légère, mais qui s’imposait après des mois de démarches restées sans réponse satisfaisante.
« Notre combat n’a jamais été dirigé contre les abonnés, ni même contre Canal+ en tant qu’entreprise, a d’emblée tenu à préciser Cahié Kunta. Nous défendons les consommateurs ivoiriens, point. Et pour cela, nous avons d’abord privilégié le dialogue, multiplié les rencontres, écrit, interpellé la HACA, et même déposé une mise en demeure avec un délai de cinq jours. » Mais visiblement, ces efforts n’ont pas suffi à débloquer la situation.

Le cœur du litige, on le sait, porte sur l’accès aux chaînes nationales sur les bouquets payants. Les Chapeaux Rouges estiment que ces chaînes devraient être disponibles gratuitement, ou du moins dans des conditions plus claires et plus équitables pour le consommateur. « Nous ne demandons pas un privilège, nous demandons simplement que le droit soit dit », a martelé leur président, en insistant sur le caractère pacifique et légal de leur démarche.
Mais ce qui a sans doute fait réagir plus d’un journaliste, c’est la référence appuyée au Burkina Faso. Là-bas, les autorités ont récemment infligé une amende de 200 millions de francs CFA à Canal+ Afrique pour des faits similaires. Sans vouloir copier le voisin, Cahié Kunta a posé une question qui, elle, n’est pas innocente : « Pourquoi ce qui fait l’objet d’un contrôle et de sanctions dans un pays voisin ne pourrait-il pas faire l’objet d’un examen sérieux en Côte d’Ivoire ? » Une interrogation que beaucoup, dans l’assistance, ont trouvée légitime.
Par ailleurs, les Chapeaux Rouges ne se contentent pas de dénoncer. Ils ont aussi proposé des alternatives, notamment en encourageant les populations à se tourner vers la TNT, qui permet d’accéder aux chaînes nationales sans abonnement mensuel. Des campagnes de sensibilisation ont d’ailleurs été menées sur le terrain, et le mouvement assure que les Ivoiriens sont de plus en plus nombreux à vouloir comprendre leurs droits.
Cahié Kunta a également tenu à rassurer : « Nous ne sommes pas des juges, nous ne prétendons pas avoir le dernier mot. Nous demandons simplement aux juges de faire leur travail. » Et d’ajouter, en s’adressant directement à l’État : « Nous ne sommes pas vos ennemis. Nous sommes des citoyens, des contribuables, des consommateurs. Nous avons choisi la voie légale, et nous respecterons la décision qui sera rendue. »
Un message similaire a été adressé à Canal+. Pas de confrontation, mais une exigence de clarté et de transparence. « Nous voulons que les règles soient respectées, et que les consommateurs ne soient pas les oubliés de cette histoire », a-t-il insisté.
Enfin, le président des Chapeaux Rouges a lancé un appel au calme aux Ivoiriens, leur demandant de rester mobilisés mais pacifiques, et de ne s’en prendre ni aux employés de Canal+ ni à ses infrastructures. « Notre combat reste citoyen et légal », a-t-il conclu, avant de remercier la presse pour sa présence.
Reste maintenant à voir comment le Conseil d’État accueillera cette requête. Une chose est sûre, les Chapeaux Rouges ne comptent pas lâcher le morceau. Et ils ont déjà prévenu, quoi qu’il arrive, ils iront jusqu’au bout de leur engagement pour la défense des consommateurs ivoiriens.
MÉITÉ Aboubakar