CÔTE D’IVOIRE/LE VIRUS MOSAÏQUE DU MANIOC DÉTECTÉE DANS L’OUEST : LE GOUVERNEMENT INTERDIT LES DÉPLACEMENTS DE BOUTURES
On vient seulement de l’apprendre. Depuis le 28 mars 2026, une circulaire de la Direction générale des productions et de la sécurité alimentaire (DGPSA), du ministère de l’Agriculture, tire la sonnette d’alarme : la redoutable souche ougandaise du virus de la mosaïque du manioc de l’Afrique de l’Est (EACMV-Ug) a été officiellement confirmée dans la zone ouest de la Côte d’Ivoire.
Abidjan, 8 Avril 2026 – Signé par le Pr Pascal K.T. Angui, ce document (circulaire n°33) est clair : la maladie est « particulièrement agressive » et constitue « une menace grave » pour la production nationale de manioc, la sécurité alimentaire, ainsi que les revenus des producteurs.
Un précédent catastrophe en Ouganda
Pour mesurer l’ampleur du danger, il suffit de se tourner vers l’histoire récente de l’Ouganda. Dans les années 1990, cette même souche virale a provoqué une chute spectaculaire de la production annuelle de manioc, passée de 3,5 millions de tonnes à seulement 0,5 million de tonnes. La perte financière annuelle avait alors été estimée à 36,4 milliards de F CFA. Pire encore : la famine qui s’en est suivie a entraîné la mort de milliers de personnes.
Face à ce précédent tragique, les autorités ivoiriennes ne veulent prendre aucun risque. « En l’absence de moyen de traitement curatif contre cette maladie, seules des mesures préventives rigoureuses permettent d’en limiter la propagation », insiste la circulaire.
Interdiction formelle de transporter des boutures
Concrètement, tout prélèvement ou transport de boutures de manioc en provenance des zones infestées de l’Ouest est strictement interdit. De même, tous les échanges, qu’ils soient formels ou informels entre producteurs, sont proscrits.
Les Directions déconcentrées du ministère (MINADERPV), l’ANADER, les instituts de recherche agricole (dont le CNRA) ainsi que l’Organisation Interprofessionnelle Agricole du manioc (OIA-Manioc) sont chargées d’assurer une large diffusion de ces mesures et de veiller à leur stricte application.
Un enjeu national : l’attiéké, le placali, le gari et la farine menacés
La vigilance est d’autant plus indispensable que le manioc est un pilier de l’alimentation ivoirienne. À travers ses produits finis que sont l’attiéké, le placali, le gari et la farine, il constitue l’un des plats préférés des Ivoiriens. Une propagation incontrôlée de la maladie pourrait avoir des conséquences désastreuses tant sur le plan alimentaire qu’économique.
La Direction générale des productions et de la sécurité alimentaire compte sur « la responsabilité et la vigilance de tous pour préserver le potentiel de production du manioc en Côte d’Ivoire ». Il reste désormais à espérer que les structures chargées de contenir la maladie œuvreront conjointement avec efficacité pour juguler cette nouvelle menace.
MÉITÉ Aboubakar