CÔTE D’IVOIRE/RENTRÉE CULTURELLE : LE MASA VEUT S’IMPOSER COMME UNE INSTITUTION CULTURELLE NATIONALE ET INTERNATIONALE
Abou Kamaté et ses collaboratrices
Le Marché des Arts du Spectacle Africain d’Abidjan (MASA) veut tourner la page d’une institution essentiellement associée à sa biennale. À l’occasion d’une conférence de presse tenue mardi à la Maison du MASA, à Abidjan-Plateau, son directeur général, Abdramane Kamaté, a présenté les grandes orientations de la rentrée culturelle et dévoilé une stratégie qui vise à renforcer la présence du MASA en Côte d’Ivoire comme à l’international.
L’ambition est clairement affichée : faire du MASA une institution active tout au long de l’année, au service des artistes et des professionnels du secteur culturel.
« Tous les jours quasiment, nous accueillons des activités, nous organisons des activités », a déclaré Abdramane Kamaté, rappelant que l’institution poursuit ses missions même en dehors des périodes de biennale. Depuis la dernière édition, organisée en 2025, plusieurs initiatives ont ainsi été développées à la Maison du MASA.
Une implantation à Bouaké
L’un des projets majeurs de cette nouvelle dynamique concerne Bouaké. Le MASA a remporté l’appel d’offres international lancé dans le cadre de la Pépinière urbaine de Bouaké, un programme du ministère de la Culture et de la Francophonie financé par l’Agence française de développement (AFD).

Le projet, prévu sur trois ans, doit notamment permettre au MASA d’accompagner le Centre culturel Jacques Aka pendant la période des travaux qui toucheront cette infrastructure culturelle majeure de la deuxième ville du pays.
Pour Abdramane Kamaté, cette mission constitue une étape importante dans le processus de décentralisation des activités du MASA.
« C’est une mission extrêmement importante qui honore le MASA parce qu’elle nous permet d’avoir un rayonnement hors de la ville d’Abidjan », a-t-il souligné.
L’équipe chargée de conduire ce projet à Bouaké sera dirigée par Koné Ouagnyenba. Au-delà de l’accompagnement du Centre culturel Jacques Aka, cette implantation devrait permettre au MASA de rapprocher davantage ses activités des populations et de renforcer son action sur l’ensemble du territoire national.
Le MASA Lab au cœur de l’accompagnement des artistes
Autre axe important de la stratégie : le MASA Lab, mis en place lors de la biennale de 2025. Le dispositif permet à la Maison du MASA d’accueillir régulièrement des répétitions, des résidences et différents projets artistiques.
Cette activité permanente traduit la volonté de l’institution de ne plus limiter son intervention à la période de la biennale.
Le MASA a notamment accompagné la participation ivoirienne au Festival des Francophonies de Limoges, en France. La compagnie Tel Arts y a présenté La Poupée barbu, une création mise en scène par Souleymane Sow.
« Au-delà du cadre, nous continuons d’accompagner nos artistes », a insisté le directeur général.
Pour lui, cette politique d’accompagnement s’inscrit dans la vision stratégique de l’État ivoirien visant à faire de la culture et des arts des leviers de développement et de rayonnement du pays.
Le MASA renforce son ancrage international
La nouvelle stratégie ne s’arrête toutefois pas aux frontières ivoiriennes. Le MASA entend également accroître son rôle dans les réseaux culturels africains et internationaux.
L’institution participera ainsi à la mise en œuvre du projet Africa-Europe Partnership for Culture, financé par l’Union européenne et mis en œuvre par le Goethe-Institut. Retenu à l’issue d’un appel d’offres international, le MASA contribuera au renforcement des capacités des festivals de taille moyenne consacrés au spectacle vivant en Afrique de l’Ouest.
« Nous allons accompagner 7 festivals dans 6 pays africains. Et nous sommes encore en discussion pour atteindre 15 festivals avec l’Union européenne », a annoncé Abdramane Kamaté.
L’expertise du MASA devra notamment porter sur la structuration, la gouvernance, l’organisation et l’efficacité opérationnelle de ces festivals.
De Lagos à Conakry, une présence africaine renforcée
Plusieurs autres rendez-vous internationaux figurent également dans l’agenda de l’institution.
Le MASA participera notamment au CANEX, organisé par Afreximbank à Lagos, au Nigeria. Cette rencontre constitue l’un des grands rendez-vous consacrés aux industries culturelles et créatives africaines.
En Guinée, l’institution apportera son assistance au Festival de percussion du Djembé de Conakry, avec la participation du chorégraphe ivoirien de renommée internationale Georges Momboye.
Le MASA sera également associé aux dispositifs de pépinières urbaines déployés par l’AFD à Madagascar. L’institution ivoirienne y partagera son expérience et sa vision de ces mécanismes destinés à accompagner le développement culturel et urbain.
« Nous sommes cooptés pour aller partager notre vision de ce que doivent être ces dispositifs-là qui sont déployés dans un certain nombre de pays », a expliqué le directeur général.
Janvier 2027, début des préparatifs du MASA 2028
En parallèle de ces différents chantiers, le MASA prépare déjà sa prochaine grande échéance : la biennale de 2028.
Les préparatifs officiels débuteront en janvier 2027, a annoncé Abdramane Kamaté. Cette anticipation traduit la volonté de l’institution de donner davantage de profondeur à son organisation et de construire la prochaine édition sur les acquis des projets actuellement développés.
À travers cette nouvelle feuille de route, le MASA cherche donc à changer de dimension. D’une institution principalement identifiée à sa biennale, il entend devenir une plateforme culturelle permanente, présente sur le terrain, capable d’accompagner les artistes, de soutenir les festivals, de développer des partenariats et de porter l’expertise ivoirienne au-delà des frontières.
Une stratégie qui place désormais le MASA au cœur des ambitions de la Côte d’Ivoire pour renforcer son influence dans le paysage culturel africain et international.
Olivia Durand