FOOTBALL IVOIRIEN : LES CLUBS AMATEURS MONTENT AU CRÉNEAU À L’APPROCHE DE L’ÉLECTION FÉDÉRALE
Pour le CIFA, reconnaître et valoriser les clubs de terrain, c'est construire un avenir plus solide pour le football ivoirien
À l’approche de l’élection cruciale pour la direction de la Fédération ivoirienne de football (FIF), prévue le 12 septembre à Yamoussoukro, une agitation inattendue bouscule les instances dirigeantes. Cette fois, le mécontentement ne vient pas des grands clubs professionnels, mais bien de la base. Le Collectif des clubs ivoiriens de football amateur (CIFA) a choisi de prendre la parole haut et fort, interpellant même la FIFA, pour dénoncer leur quasi-invisibilité dans les cercles de pouvoir de la FIF.
Abidjan, 24 aout 2026 – Laurent Kouakou, le président du CIFA, résume parfaitement leur sentiment général par cette phrase forte : « Il n’y a pas de football professionnel sans football amateur. » Le collectif estime que les clubs amateurs, bien qu’étant la majorité dans le paysage footballistique ivoirien, sont mis de côté quand il s’agit de prendre les décisions qui les concernent directement. D’après les chiffres du CIFA, la Côte d’Ivoire compte 581 clubs affiliés à la FIF, dont une large part sont des clubs de districts (401), des divisions régionales (144) et même 36 clubs de football féminin. Toutes ces structures sont le terreau où naissent et grandissent les futurs champions, mais selon leurs porte-paroles, elles n’ont aucune voix officielle qui corresponde à leur importance capitale.
Le CIFA a fait parvenir un document détaillé, un « mémorandum », à la FIF et au ministère des Sports. Ce texte, que nous avons pu consulter, présente dix exigences essentielles, toutes centrées sur un objectif unique : redonner aux clubs de terrain toute leur dignité et leur rôle. Parmi les propositions clés, on trouve :
- Réformer les statuts des membres de la FIF : Permettre à tous les clubs affiliés d’obtenir le statut de membre actif, selon des critères à définir ensemble.
- Créer un Collège National du Football Amateur : Mettre en place une instance représentative élue directement par les clubs amateurs.
- Garantir la représentation du football féminin : Réserver des sièges pour les femmes dans les discussions et décisions importantes.
- Intégrer le futsal et le beach soccer : Inclure ces disciplines dans la gestion globale de la fédération.
- Définir des critères de vote objectifs : Établir des règles claires pour avoir le droit de voter (affiliation régulière, participation aux compétitions, etc.).
- Réviser le coût des licences : Proposer une tarification plus abordable et progressive, surtout pour les jeunes et le football féminin.
- Actualiser régulièrement les frais d’engagement : Discuter et ajuster périodiquement les coûts de participation aux compétitions avec les clubs.
- Créer un Fonds National de Développement du Football Amateur : Mettre en place un fonds spécial avec des sources de financement variées pour soutenir le foot amateur.
- Renforcer la communication et la transparence : Améliorer le dialogue via un Conseil Consultatif et établir des règles claires pour l’attribution des aides.
- Établir un plan de réforme concret : Définir une feuille de route pour les changements, de la mise en place d’une commission à l’adoption des nouveaux statuts par une Assemblée Générale Extraordinaire.
Cette prise de position arrive à un moment sensible, car le président actuel de la FIF, Idriss Diallo, espère être réélu pour un second mandat. En parallèle, des discussions animées surgissent aussi concernant l’argent des clubs professionnels, certains dirigeants demandant une augmentation substantielle des fonds alloués aux équipes de Ligue 1. À quelques semaines du vote, deux interrogations capitales se rejoignent : avec quel argent faire fonctionner le football ivoirien, et surtout, qui a son mot à dire dans sa direction ?
En se tournant vers la FIFA, la grande autorité du football mondial, les clubs amateurs donnent à leur démarche une résonance qui dépasse les frontières ivoiriennes. La grande question est de savoir si la FIFA interviendra avant l’Assemblée générale du 12 septembre, ou si le vote aura lieu sans encombre. Mais une chose est certaine : le dialogue sur le rôle essentiel des petits clubs dans la gestion du football ivoirien est désormais ouvert, et on ne pourra plus l’ignorer.
En bref, pour le CIFA, reconnaître et valoriser les clubs de terrain, c’est construire un avenir plus solide pour le football ivoirien.
MÉITÉ Aboubakar